Tisséo en panne de mots

 

Le truc bête : vous êtes dans le métro et, pof, il ne redémarre pas. Train à prendre ou navette-aéroport un peu ric-rac, le patron qui avait demandé d’arriver un peu plus tôt, les enfants seuls à la maison, rendez-vous amoureux impatient ? Qu’importe, même s’il n’y a pas de danger, la situation a mille bonnes raisons d’être un peu anxiogène. Tisséo le sait. Hop, un petit carillon et une voix suave vous murmure qu’ « en raison d’un incident technique, le service est interrompu pendant cinq minutes ». Les braves gens ! Comme ils sont attentifs, et précis. Voyons un peu : « un incident ». Un incident, ça peut venir de partout. C’est presque un accident. Pas tout à fait, certes, mais cela relève, on l’aura compris, de l’imprévisible. Pris dans le flux sémantique de l’annonce, il faut deviner que ça ne vient pas de Tisséo. C’est un peu fait pour ça. Le fameux incident est « technique ». Vous y comprenez quelque chose, vous, à la technique du métro ? Non. Personne. Donc, on a affaire à un mystère qui rôde, là, dans le grand boyau sombre qui sert de perspective à la première voiture. Et, forcément, encore dans le flux de l’annonce, on se sent démuni, comme on devine que Tisséo a le droit de l’être aussi. C’est un peu fait pour ça.

 

« Et si c’était une panne ? Non, ils nous l’auraient dit »

 

Restent les fameuses « cinq minutes ». C’est rien, cinq minutes comparées au quart d’heure toulousain ; dans le langage d’ici, c’est roupie de sansonnet. On a tous cinq minutes. Pour passer au pressing, changer une ampoule, jeter un œil là-dessus…  Allons, qui tiendrait rigueur à qui, de cinq petites minutes ? La SNCF ? L’aéroport, le patron, les enfants, l’impatient du rendez-vous ? Allons donc . Pris par le ton émollient de l’annonce, on devine que même Tisséo les a, ces cinq minutes. Oui, c’est un peu fait pour ça aussi. Sauf que le carillon retentit toutes les trois minutes environ. Les « cinq minutes » en font toujours cinq mais, ce coup-ci, rajoutées aux trois précédentes. Et puis, à force, on pressent que le côté « technique » de l’affaire, banalisé grâce à « l’incident » qui précède, devient tout à coup plus complexe. On en vient à échafauder des conjectures : et si c’était une panne ? Non, ils nous l’auraient dit. Et les cinq minutes qui n’arrêtent pas de s’additionner toutes les trois minutes : et si on nous prenait pour des moutons ? Non : il y a « le service », qui est intercalé. Ne l’oublions pas. « Le service », c’est du sur-mesure, c’est pas du transport en commun qui tombe en rade. C’est fait pour ça aussi. Bref : trente-deux minutes d’arrêt de cinq minutes, toutes les trois minutes. Et soudain la même voix qui, ce coup-ci, se réjouit façon « en voiture Simone ! ». Bon, elle présente des excuses tout de même. Mais le train ? L’avion ? Le patron ? Les gosses ? C’est pas son problème, à la meuf, tout à son flux sémantique ; on doit comprendre que Tisséo a triomphé de l’incident et de la technique. Et, si vous avez bien écouté, le tout en cinq minutes.

 

 


UN COMMENTAIRE SUR Tisséo en panne de mots

  1. Regan dit :

    Apparemment, je suis Charlie mais ça a ses limites…

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