Brice Christen
Brice
Christen
Le cynisme aggravé

Stakhanovisme

On annonçait un succès triomphal des forces obscures bleu marine, il n’en fut rien même si la percée reste notable et place à 5 millions le nombre d’inconscients dans ce pays. Inconscients parce que l’argument est toujours le même : on interroge au 13h de Pernaut (qui s’y connaît vachement en inconscience) des ouvriers qui en ont marre de la droite et de la gauche et préfèrent donc voter FN. Un syllogisme aussi absurde que de dire « je n’aime pas la viande ni le poisson, donc je vais manger de la merde ». Inconscients car un parti qui représente tout sauf les valeurs républicaines est un danger pour la nation, il serait temps que les électeurs s’en rendent compte.

Même si le succès ne fut pas celui annoncé, ses dirigeants avaient le sourire jusqu’aux oreilles, demandant la démission du Premier ministre et d’environ toute la planète. Il en est de toute façon toujours ainsi : quoi qu’il arrive, Marine Le Pen sourit toujours et trouve des motifs de satisfaction pour son parti dans tout ce qui se passe. Un accident de bus ? La responsabilité de la gauche dans la gestion des transports. Benzema qui rate une occasion ? L’islamisation croissante de notre mère patrie qui mène notre pays tout droit hors du cadre. Il pleut demain ? Les promesses non tenues du gouvernement qui n’utilise pas les pouvoirs météorologiques de la Constitution. Tout va toujours bien dans le monde bleu marine. Un espèce de stakhanovisme sous forme d’euphorie permanente à laquelle nous ferions bien de mettre fin le plus rapidement possible par les urnes (Je n’ai moi-même pas compris cette phrase en l’écrivant, je l’ai donc gardée, une technique que j’ai empruntée à Yann Moix).

Notre Premier ministre s’est quant à lui félicité du courage de certains de ses partenaires et du chiffre de l’abstention moins fort que prévu. Je commence à apprécier Manuel Valls, sympathique mélange entre Jésus, si tu prends une gifle sur la joue droite tends la gauche, et Raymond Domenech, qui arrivait toujours à trouver un motif de satisfaction de son équipe même après avoir perdu 9-1 contre les pompiers du coin. On n’a d’ailleurs que peu entendu François Hollande sur le sujet, lui qui a passé son week-end au (merveilleux) Salon du Livre de Paris, sans emmener Fleur Pellerin qui aurait sans doute fait un malaise vagal au milieu de tous ces machins rectangulaires avec des mots dedans.

Effectivement, l’abstention a été moins élevée que prévu. Ce qui a donné lieu sur les réseaux sociaux à de (trop) nombreux selfies postés depuis l’isoloir avec leur carte d’électeur. Comme pour dire au reste du monde « Regardez, je l’ai fait ». Bande de cons. Vous ne voulez pas une médaille non plus pour avoir fait votre devoir civique ? Vous savez combien de gens se sont battus pour que vous ayez le droit de vote ? (En réalité, on n’a jamais trop su qui s’était battu pour qu’on puisse voter, mais on aime bien le rappeler, ça sacralise la chose). De toute façon le selfie n’est qu’un moment d’autosatisfaction du pauvre pour signifier à ses contemporains qu’il n’a même pas un ami pour le prendre en photo. Résolu à cette tragique réalité, il se prend lui-même en photo à bout de bras, ajoutant le ridicule à sa détresse affective et sociale.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.