Marc Sztulman
Marc
Sztulman
Un Toulousain concerné

Sivens

« Avant de mourir, nous serons tous changés en Kitch, le Kitch est l’antichambre entre l’être et l’oubli. » Depuis l’annonce de la mort de Rémi Fraisse, et à la vue des réactions je ne peux m’empêcher de penser à cette phrase de Milan Kundera dans « L’insoutenable légèreté de l’être ». Car désormais la mort d’un homme suscite systématiquement des « appels à la transparence » et que la « lumière soit faite sur les circonstances », voire des batailles protocolaires à l’Assemblée nationale pour l’organisation d’une minute de silence.

Pourtant un homme est mort. Et cet empressement à rechercher les causes de sa mort, à insérer cette tragédie dans un jeu complexe de responsabilités, de manquements, de défaillances, transforme ce drame en problème administratif. Et là survient le Kitch ; on ne se souviendra de lui que comme la victime d’un dysfonctionnement, comme une anecdote dans un manuel de formation policière ; le combat de Rémi Fraisse et ses idées disparaîtront dans les méandres administratifs. Mais si on peut expliquer le « comment » de cet immense gâchis, personne ne s’intéresse à son « pourquoi ». Pourquoi un jeune décide de défendre la nature contre la construction d’un barrage, au fin fond d’une vallée ? Pourquoi personne ne s’intéresse à cette histoire avant cette tragédie ? Pourquoi la mobilisation des nez rouges contre le barrage, au début de l’été, n’a pas donné lieu à une prise de conscience ? Pourquoi ce drame a occulté l’ensemble des questions posées par ce barrage ? Pourquoi la justice administrative n’a pas suspendu le projet, alors même qu’aujourd’hui des éléments provenant de toutes parts le mettent en doute…

« Tous les combats politiques récupérés par les antisystèmes »

Et que dire des réactions ? Du milieu politique ?   De certains syndicats qui encouragent le démontage de portiques à plusieurs millions d’euros, pour après critiquer les militants de Sivens, au nom du respect du processus démocratique ? … Non, Rémi Fraisse n’est pas mort pour ses idées, d’ailleurs en paraphrasant le Général Patton, personne n’a jamais rien gagné à mourir pour ses idées… Non, Rémi Fraisse est mort à cause d’elles ou pour être exact malgré elles… Quant aux scènes de guérilla urbaine qui ont eu lieu à Toulouse samedi, si elles n’honorent en rien la mémoire de Rémi Fraisse, elles sont symptomatiques de notre époque qui voit tous les combats politiques récupérés par les antisystèmes, qui n’hésitent pas à pervertir les messages pour justifier l’usage de la violence.

Alors, évitons de laisser la mort de Rémi Fraisse se transformer en kitch, de laisser son action être caricaturée, ne réduisons pas les nez rouges aux brigades rouges… Et finalement quand on voit ce gâchis, on ne peut que paraphraser V. Hugo : cette histoire a commencé comme une farce et finit comme une tragédie…


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