Philippe Motta
Philippe
Motta
Chronique d'un temps qui leur échappe

S’encastrer dans la vidéo

 

Olivier Arsac, c’est le Monsieur Propre du Capitole. D’abord il en a le look et, dans l’esprit, les muscles. Adjoint à la sécurité à la Mairie de Toulouse, il a entrepris  de courir après les prostituées et d’organiser des apéros qui tournent mal avec les résidents contents qu’on ait « éradiqué » (sic) ce fléau. Cette croisade médiatisée se déroulait dans les quartiers où, par coïncidence, il fut candidat aux départementales. Les riverains ingrats l’ont laissé à la porte du Conseil Général. Sur le trottoir en somme, où il va devoir chercher d’autres arguments pour racoler l’électeur. Il s’y prépare, si l’on en croit le site internet de « Debout la France », sa formation politique. Il y a récemment éradiqué sa page aux accents de Matamore, où il se forgeait une légende sur un mode dialectique dopé à la testostérone. Il se range, « Monsieur Sécurité ». Il faut dire qu’on l’avait déjà un peu rangé aussi. Dans le bulletin municipal du mois de mars, sur onze pages consacrées à la police dans la ville, son nom n’est pas cité une seule fois. Lui qui déplore de voir les élites « castrer (sic encore) l’esprit de grandeur des Français », n’a pas bronché face à l’édile. Viril mais correct, quoi. Le bravache s’est encore montré impuissant face au déferlement médiatique qui a salué l’annonce de l’arrivée prochaine de 73 caméras de surveillance à Toulouse avec création d’un PC de surveillance. Toute la communication a été squattée par le maire. Cependant, on retrouve Olivier Arsac, qui aime son « puissant scooter », dans un fond d’article (La Dépêche du 2 juin) où il pédale pour imposer son point de vue face à une élue : « les chiffres démontrent  l’efficacité des caméras », na-na-nère. Faux.

  « Le coût global n’a prudemment pas été évoqué »

L’efficacité de la vidéosurveillance à Lyon, la ville (de gauche) française où il y a le plus de caméras « par habitant » a été évaluée en 2010 : « L’impact (…) sur la délinquance est de l’ordre de 1 % », conclut le rapport rendu sur la base des constatations effectuées … par la Police Nationale. Le Sénat lui a fait écho récemment, où une commission d’enquête a conclu que « la vidéosurveillance n’a qu’un faible impact sur la délinquance de rue non préméditée (…) même préméditée (…) les attaques de bijouteries toutes vidéosurveillées en sont l’illustration ». En revanche, les images facilitent la résolution des délits… qui n’ont cependant pas été empêchés. L’Etat subventionne (comme à Toulouse) la pose de matériel, ce qui oblige les villes à recruter des policiers (comme à Toulouse) qu’il n’aura plus à payer. Ici, le coût global n’a prudemment pas été évoqué. Avec une ambition de 260 caméras, la ville devra débourser au bas mot 3,2 M€ en équipements. Puis, presque autant en frais de personnel  supplémentaires tous les ans. C’est une hypothèse (très) basse. Avec ses 775.000 € d’aumône, le Ministre de l’Intérieur peut se friser la moustache. Sans doute prendra-t-on un jour la mesure du piège dans lequel les villes -Toulouse n’est pas la seule- se sont ainsi faites enfermer. Face aux factures qui s’annoncent inversement proportionnelles aux rentrées fiscales, ceux qui ont plastronné risquent de devoir déchanter. Gageons que pour l’annonce de ce genre de déconvenue, Olivier Arsac pourrait reprendre du service et retrouver un peu de l’esprit de grandeur qu’on semble lui avoir ravi au passage. De quoi avoir les boules.

 


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