Rémi Vincent
Rémi
Vincent
Militant du Front de Gauche - élu de Colomiers

Semer les graines de la recomposition

 

La question pour quelqu’un qui veut « s’engager » n’est certainement (et malheureusement) plus de chercher dans quel parti politique il faut le faire, ou dans quel syndicat. La question n’est certainement (et malheureusement) plus de savoir quelle organisation politique répond le mieux aux problèmes de l’époque, propose les solutions les plus réalistes et efficaces. La question n’est certainement (et malheureusement) plus de savoir quel candidat est le plus représentatif de ses opinions, quel candidat sera le plus respectueux de la volonté générale exprimée lors des élections. Ce n’est pas un réquisitoire contre les partis politiques et contre les candidats que je formule, car rien ne blesse plus ma conscience politique que d’énoncer ces phrases. Moi-même ayant été candidat à plusieurs élections, étant actuellement élu, je ne peux pas balayer d’un revers de manche ce moment particulier qu’est l’appel aux citoyens à se prononcer pour l’intérêt général. Ce n’est pas un réquisitoire contre le champ de la politique (ses acteurs, ses fonctions, ses rites et symboles), mais j’ai l’image en tête du pas lent de la famille qui se rend dans la chambre d’hôpital du proche gravement malade, l’estomac noué par l’appréhension de ce qu’il y a à découvrir. L’estomac noué par l’appréhension des paroles du médecin. L’espoir persiste, car des choses insensées arrivent parfois, éclatant dans l’absurde. Mais l’espoir est faible, et la raison prend le pas sur la superstition, peu à peu. La mélancolie et l’inquiétude prennent le pas sur l’énergie révolutionnaire. Voilà l’heure de l’angoisse révolutionnaire. Celle du temps des ténèbres ? De cette angoisse pourrait surgir la barbarie (qui s’avance, déjà, poussée dans le dos souvent par ceux qui ont sauté la barricade), les ténèbres s’installant. De moins en moins de mécanismes socialisés de solidarité, d’institutions républicaines, de principes égalitaristes. De plus en plus de place au marché, de surveillance, d’économies publiques.

« L’espoir persiste »

Mais de cette angoisse pourrait aussi surgir le meilleur, l’étincelle créatrice, un nouveau foyer du feu. L’autopsie de nos partis politiques, de notre militantisme, de nos méthodes n’est pas encore convoquée. Peut-être que notre « offre politique » convaincra ce que nous appelons « le peuple », dont nous sommes. Peut-être que le « jeu » classique des élections va continuer, et que nous serons gagnants un jour. Peut-être. Il s’agirait ainsi de regagner l’hégémonie culturelle à ceux qui nous saignent, les libéraux. Qu’ils soient « ultra- » ou « sociaux- », les libéraux nous achèvent, mettant un terme à l’embellie des « Trente Glorieuses », épisode bienheureux du capitalisme redistributif qui n’a cependant jamais cessé de porter en lui les germes de la guerre et de la misère, l’exploitation du travailleur et de ses ressources vissée au corps. Cela peut paraître « facile » de faire ce constat. Ce constat d’un théâtre politique chancelant, sur la scène duquel nous nous obstinons à jouer ce que nous répétons inlassablement. Même si notre jeu est sincère, même si nous sortons du conservatoire, même si nous le faisons évoluer, même s’il touche encore certains, la salle est presque vide. Alors, que faire ? Continuer à tenir la tranchée, évidemment. Dans nos organisations politiques ? En dehors ? Les deux ? Mais où « en dehors » ?

Pour ma part, je travaille à faire tomber les cloisons qui n’ont plus de raison d’exister. Entre tous ceux qui s’opposent au libéralisme économique, qui ont saisi la gravité de la crise écologique et de la responsabilité de notre système de production, qui sont partisans d’une démocratie populaire et intellectuelle contre l’oligarchie. Et nous sommes nombreux, à gauche, à nous retrouver sur ces principes simples mais néanmoins fondamentaux. Ils suffisent, ils sont le « commun » des gens de gauche.

A Colomiers, les graines ont germées, les pousses grandissent. Ailleurs, des graines sont semées ici ou là. Ensuite, viendra peut-être le temps de faire davantage, de déconstruire encore plus loin.


2 COMMENTAIRES SUR Semer les graines de la recomposition

  1. Charles_HUE dit :

    Voici une tribune pertinente mais aussi très intéressante, à suivre…

  2. Patrick Aubin dit :

    “S’opposer au libéralisme économique” ? En voilà une belle hypothèse fausse, pas étonnant que les individus ne font plus confiance dans la politique lorsque ceux qui prétendent les représentés racontent n’importe quoi.

    Tout d’abord le libéralisme n’a jamais été une philosophie économique mais une morale qui repose sur le principe suivant qui est a décliner : “ne fais pas à autrui, ce que tu ne veux pas qu’autrui te fasse”. Sur le plan économique, il en découle le libre marché. On peut en penser ce que l’on veut, c’est grâce au libre échange qu’une très grande partie de la population mondiale est sortie du tiers monde.

    Maintenant, il faut surtout sortir de l’esclavagisme à l’état pour continuer à progresser dans le domaine de la liberté. Les graines que vous prétendez semer sont donc pourries avant même de germer !

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