Philippe Motta
Philippe
Motta
Chronique d'un temps qui leur échappe

Se recroqueviller sur le gâteau

La photo n’est pas signée, et son buste se découpe sur fond de Garonne aussi parfaitement qu’un montage Photoshop. M. Ho-Mike Poon, présenté comme le futur « propriétaire » d’Aéroport Toulouse-Blagnac (ATB), s’est affiché le 18 avril dernier, en chemise propre et cheveux coupés dans La Dépêche. Une interview suit. Dans un dossier qui en fait presque deux, il a droit à une presque page. On se dit que le journaliste va aller le chercher à la pique à escargot, à la baguette, bambou sous les ongles. Va y avoir du lourd. On va enfin savoir qui se cache derrière le mystérieux consortium qui a réussi à damer le pion à Vinci et aux Aéroports De Paris réunis. C’est compter sans la délicatesse tout orientale de M. Poon. Témoin, cette seule question : « prévoyez-vous d’agrandir l’aéroport ? », et sa réponse : « Notre plan de développement a pour but de faire de Toulouse un aéroport international qui compte ». Balaise. Quant à l’augmentation du trafic, le PDG nouveau revendique une « expérience significative », se dit « très attentif » à l’environnement et envoie un message aux riverains : « soyez rassurés » (sic). Faut le croire, car La Dépêche s’en contente, estimant que 18 millions de passagers prévus, contre 7.5 aujourd’hui, ne mérite pas un peu d’insistance dans le scoop. Mais à lire le dossier, on devine que les réponses sont ailleurs. Dans l’édito déjà, où Jean-Claude Soulery, qui a naguère fait montre de plus de réserves sur le libéralisme, produit une exhortation surprenante à l’adresse de « ceux qui se recroquevillent sur leur confort » : « la mondialisation ne les attendra pas ». Ah bon. Plus loin, un supposé « anonyme » déclare, glisse, pardon : « ce qu’on ne connaît pas, fait toujours peur ».

 « Cela ne défrise pas davantage les Tintin de La Dépêche »

Ainsi, tout est résumé dans cette philosophie de sous-préfecture qui sous-tend la position de La Dépêche. On comprend soudain mieux pourquoi n’est pas même évoqué le pacte d’actionnaires qui prévoit que l’Etat s’engage à ne jamais voter contre les décisions du nouveau maître des lieux. On relève en outre que le consortium Symbiose, jusqu’alors présenté comme l’acheteur associé au groupe SNC Lavalin radié de la Banque Mondiale pour corruption, est soudain devenu « Casil Europe ». Une société au capital de 10.000 €, avec un téléphone « sur conciergerie » et zéro salarié, immatriculée le 22 janvier dernier. Un montage à la va-vite, pour éclipser l’aura sulfureuse de SNC Lavalin ? Cela ne défrise pas davantage les Tintin de La Dépêche. En revanche, le bon M. Poon fait savoir qu’il a des partenaires prêts à s’intéresser « avec beaucoup d’attention », dit-il, à des projets comme le futur Parc des Expositions. Il a 850 millions dans son porte-monnaie pour de menus achats. Aaah !  Proposer à des communautés territoriales en quasi faillite , des investisseurs capables de les aider à créer un Parc des Expos et autres projets qui ornent depuis dix ans les meilleures promesses de campagne, peut en partie expliquer le silence gêné que les élus cultivent pour être à la fois au diapason avec les contestataires (les électeurs, quoi), sans pour autant froisser le tapis qu’elles déroulent sous les pieds du nouveau venu. Face à des bilans comptables « recroquevillés », 850 millions d’investissements prévus sont de nature à libérer les énergies : « toutes les parties prenantes seront choyées », souligne La Dépêche qui énumère : « élus locaux, salariés, riverains (sic), compagnies aériennes ». Et la presse quotidienne régionale ?

 

 

 

 


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