Marianne Meyzen
Marianne
Meyzen
Membre du bureau de l'UDI 31

Se presser de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer

 

Ayant un jour passé un entretien d’embauche au service DRH d’une célèbre entreprise américaine, j’ai conservé le souvenir d’y avoir vu un poster faisant dire à un non moins célèbre personnage à grandes oreilles « Smile, worst is yet to come». Souriez, le pire est encore à venir. Hier, le pire est arrivé et nous n’aurons plus envie de sourire pendant longtemps. L’impensable s’est produit et nous sommes sidérés d’avoir perdu des êtres qui faisaient partie de notre vie depuis des décennies. Parce que nous sommes en France, que la satire et le pamphlet sont de notre culture, leur irrévérence nous semblait naturelle. Ils enjolivaient notre existence de leur talent, leur traits d’esprit ciblant à coup sûr le grotesque, le dérisoire, le navrant ou le révoltant des événements petits ou grands de la société, ici ou ailleurs …

“Ni un texte ni des bulles ne protègent des balles”

La perfection du trait et la drôlerie de la légende étaient comme une cerise sur un gâteau, un moment jubilatoire, le dessin conférant à l’article qu’il accompagnait de la légèreté, résumé cocasse et percutant qui frappait l’esprit pour ne plus le quitter. Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Bernard Maris, c’était l’intelligence sereine, une simplicité naturelle dont le terreau était fait d’une vie de travail et de questionnements permanents, le refus de la facilité. Ils communiquaient une empathie authentique, sans la moindre envie de paraître ni de se faire mousser. Etait-ce bien utile, d’ailleurs ?… Grâce à leur regard facétieux et iconoclaste, nous nous sentions moins bêtes, eux qui nous poussaient à réfléchir aux choses essentielles. Ni un texte ni des bulles ne protègent des balles. A l’heure où la stupidité est portée au pinacle, ceux qui personnifiaient le savoir ont été descendus. Faut-il être intérieurement vide pour s’en aller tuer des journalistes et des caricaturistes, des chroniqueurs et des policiers ou des gens de passage …Perdre un seul d’entre eux par accident ou maladie eût été malheureux. Les voir partir tous en même temps, c’est juste insupportable.

 


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