Greg Lamazères
Greg
Lamazères
Journaliste, écrivain

Sanseverino dans la peau du papillon

Vous avez ce quinqua aux tempes rasées et à la banane ferme et grise, qui porte de gros piercings aux oreilles, s’est mis sur le nez des sortes de wayfarers de rocker myope, toujours sapé comme Buddy Holly, Dino ou Robert Mitchum, une vieille gratte du genre Martin 00 sur le ventre qu’il semble avoir rond, et vous vous dites, c’est pas possible, ce zigue qui nous a fait rire et trépigner avec des chansons comme Les Sénégalaises, Maigrir, Jean-Luc, André, Bourre-Pâtes et Tire-Nerfs, descend à la fois de Patrick Topaloff et de Django Reinhardt ! Avec son air ahuri, il essaye de tromper son monde, de nous faire prendre les vécés pour des cavernes (voir sur le Web sa série Video Gogue), de nous obliger à aimer la musique qu’il joue maintenant depuis trois ans et l’album Honky Tonk, après avoir mis de côté le swing manouche qui a fait sa réputation, à savoir le bluegrass ! Bluequoi ? C’est pas de la country au moins ? Mais si ! Bien sûr que si ! Un concentré de country, ou plutôt, ce que le hard est au rock : ça joue vite, il y a des acrobaties techniques, guitares, mandolines, banjos, contrebasses, ça fuse de partout, mais le son est tout en bois. Si vous avez aimé le film Alabama Monroe, c’est ça. Sanseverino a la classe tout en faisant le clown.

« Sanseverino a la classe tout en faisant le clown »

Les disques du libertaire François Béranger l’ont fait rêver (écoutez donc Brésils – aucun swing, mais des mots fameux), il a été rocker alternatif et voleur de poules, il a aussi ressemblé au mélange fatal de Jean Gabin et Maurice Biraud, et le voici de retour avec un concept-album, comme on dit quand il s’agit de Genesis ou Pink Floyd, autour d’un héros de papier qui s’appelle Papillon. Oui, il y a le film avec Steve McQueen, mais Papillon, c’est surtout la rude autobiographie romancée qui avait paru en 1969 et tirée d’un tas de cahiers d’écolier sur lesquels l’ancien bagnard tatoué Henri Charrière avait consigné sa vie d’évadé d’avant-guerre. En 14 chansons, Sanseverino adapte le roman, se glisse dans la peau du gars, raconte son procès, ses voyages dans les geôles tropicales, comment on y passe sa fortune dans des rouleaux fuselés, comment les hommes s’y aiment et se dévorent au son d’un tambour, et plein d’autres tribulations, tout ça sur du bluegrass, cordes frottées, tempo parfait, suspense garanti !

On nous dit que les concerts de la tournée en cours sont en deux parties, la première consacrée à Papillon, la deuxième « franchement rock’n’roll ». On y ira au Bascala avec un nœud et un cuir.

 

Sanseverino au Bascal, Bruguières, le 1er avril 2016

 

 

 


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