Alex Lekouid
Alex
Lekouid
L comme Lekouid

Retiendrons-nous la leçon ? 4/4

15h22. Des bruits attirent ton attention, moi je dors comme une masse. Groggy, tu vas vers la remise pour savoir d’où vient ce tapage, pas de doute, il y a quelqu’un qui essaie d’ouvrir. Tu te mets à pousser la porte pour la maintenir fermée, tu y mets toutes tes forces ; mais tu finis par céder sous la puissante pression en tombant à la renverse. Quatre hommes pénètrent dans la pièce et te regardent de haut. L’un d’eux te tend la main pour te relever en te demandant ce que tu fais là. Tu expliques que tu es le patron du restaurant et qu’ils n’ont rien à faire ici. Les intrus se mettent à rire et l’un d’eux dit : «Ah vous êtes le patron, je ne crois pas non ! Par contre moi je suis le cuisinier, lui c’est mon second, lui le plongeur et lui l’apprenti». Tu réalises la situation ridicule dans laquelle tu t’es mis. Alors tu leur racontes l’histoire qui t’a mené jusqu’ici, en leur rappelant l’ambiance hostile extérieure, due à la fin de notre monde imminente et la nécessité de se mettre à l’abri. Le chef pose sa main sur ton épaule en signe de compréhension, puis te demande de l’accompagner dans la pièce du fond et allume la télé. Je me réveille affolée, le cuisinier me salue et me dit : « Alors bien dormi ? Je suppose que vous êtes la patronne ?» Tout le monde rit, je ne comprends pas . Il me fait signe de regarder l’écran. 15h30. Le président français parle solennellement. Il explique que les spécialistes du monde entier ont déterminé que le phénomène n’aura aucune conséquence sur la Terre et que les planètes ont déjà commencé à reprendre leur place. Sa dernière phrase est : «Rentrez chez vous, car la vie vous attend». J’éclate en sanglots, tu t’assois consterné et le personnel du restaurant propose de fêter ça avec du champagne, ils étaient venus pour ça…

16h30. Nous sortons dehors, il y a toujours autant de gens qui marchent mais ils ont changé de sens, oui ils rentrent chez eux. Ils sont fous de joie et très fraternels, tout le monde aide tout le monde en chantant. Les rires ont remplacé les râles et les pleurs, la neige glaciale est toujours là, mais le soleil de la vie brille. Il y a un parfum de renouveau dans l’air. Au milieu de la foule en liesse, nous laissons éclater notre joie. Tu me serres fort plusieurs fois contre toi en me disant : «tout va bien à présent». Nous sommes extraordinairement heureux.                      11h30. Trois jours plus tard. Nous sommes devant le train qui va me ramener chez moi et tout est normal. Tu me regardes, souris et me dis cette chose merveilleuse : « Tous ces moments extraordinaires passés avec toi, sont des cadeaux du ciel, car j’ai vécu les plus belles heures de mon existence. Cette histoire m’a lié à toi pour le restant de mes jours». Nous nous embrassons longuement…                 11h40. Dans le wagon tout le monde parle avec considération, le respect a repris ses droits et l’avenir semble prospère. Je me dis que la fin du monde est bien arrivée, car les gens ont  changé. On dirait que la catastrophe nous a poussés à redevenir des êtres humains, capables d’entraide et que le partage nous a appris à nous estimer. J’ai l’étrange sentiment que la joie de vivre puise sa source dans le malheur et sa prise de conscience et que le malheur trouve sa raison d’être dans les bonheurs égoïstes et le profit. Retiendrons-nous la leçon ?  Fin

 


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