Alex Lekouid
Alex
Lekouid
L comme Lekouid

Retiendrons-nous la leçon ? 3/4

18h16. Tu trouves le chauffage et le vin, je peux enfin enlever mon manteau et mes chaussures pour me réchauffer près de toi. Assis un verre à la main, on ne dit plus rien. Nous décidons de préparer à manger, après tout nous sommes dans un restaurant. Fouillant dans les placards et les tiroirs, nous prenons possession des lieux et dressons une table magnifique au milieu de la salle. Quand tout est prêt en cuisine, tu fais preuve de galanterie en m’invitant à prendre place. Tout en imitant un serveur italien, tu tires ma chaise et m’aides à m’installer. Je te remercie d’un air comblé et ajoute : «Nous sommes finalement de sortie en ville ce soir !» Tu souris désolé.         21h54. Nous discutons, au comptoir, des probabilités d’une fin annoncée, le café est excellent. Au fil de la conversation, tu te rappelles qu’il y a une salle dissimulée au fond pour les fumeurs de havanes. Tu y vas précipitamment pour allumer la télé sur le grand écran et écouter les nouvelles. Nos visages restent figés et nos bouches à demi ouvertes, nous   découvrons que dans toutes les villes du monde, les magasins sont dévalisés dans une panique générale. Tout est à feu et à sang, l’armée tire sur les pilleurs, et les bandes organisées ripostent. La désolation et l’anarchie règnent partout sur la planète. Un journaliste explique que les chefs d’Etat et hauts responsables sont gardés dans des bunkers. Les autres chaînes diffusent en boucle des discours préenregistrés des dirigeants. Devant l’ampleur de la situation, on se regarde effarés avant de tomber dans les bras l’un de l’autre, là j’éclate en sanglots.

22h52. Je suis assise par terre, mes bras autour d’une de tes jambes, ma tête contre ta cuisse, complètement absorbée. Toi, tu fumes un cigare debout, subjugué et nerveux. À travers une petite lucarne, en haut de la porte principale, nous regardons infatigablement le ciel, comme si on attendait le final d’un feu d’artifice avec fatalité. Dans le sillage de la lune, on voit d’autres planètes qui forment une ligne vers l’infini et leurs éclats nous éclairent comme une torche. En regardant bien, on dirait une flèche géante qui vient se planter dans notre Terre. C’est grandiose, spectaculaire, incommensurable et impossible, mais nous sommes incapables de réagir. Au sol, les yeux cloués au phénomène, je me répète : « c’est ça ? C’est ça la fin du monde ? C’est ça ? »

00h00. Tu me rejoins sur le plancher et tout près l’un de l’autre, nous engageons une discussion profonde. Nous parlons de la vie, des autres, de nous et faisons chacun à notre tour le bilan de nos existences. Nous discutons des heures, nous sommes tendresse et amour l’un pour l’autre. On joue au jeu de la vérité, on s’avoue nos sentiments, nos secrets et nos travers. Notre sensibilité est à fleur de peau et notre humanité à son comble. Les larmes et les rires nous maintiennent éveillés, tout en nous faisant prendre conscience que nous vivons des heures intenses, uniques, mais sans doute ultimes. 5h32. Je finis par m’endormir contre toi, tu me portes délicatement sur le canapé dans la salle du fond où je poursuis ma descente dans les profondeurs du sommeil. Les yeux fixés sur le chapelet de planètes, tu fumes cigare sur cigare en finissant la bouteille de vin.

7h30 le jour se lève, tu viens me rejoindre. Tu caresses mon vissage avec délicatesse, puis tu t’endors enroulé tout contre moi, pour me tenir chaud au cœur et au corps.          À suivre…


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