Alex Lekouid
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Lekouid
L comme Lekouid

Retiendrons-nous la leçon ? 1/4

 

11H30. Je descends du train qui vient de me conduire à la gare de Toulouse ; la neige recouvre la ville. Nous avons vingt-sept minutes de retard sur l’horaire annoncé et je ne te vois pas. Le quai est bondé de monde, tu dois sans doute m’attendre à l’intérieur. J’ai beaucoup de difficultés à pénétrer dans le hall, il faut pousser et jouer des coudes, nous sommes nombreux à vouloir rentrer. Dans la gare, les voyageurs surexcités et surchargés de bagages, sont les uns sur les autres et se comportent comme des animaux traqués. La plupart des individus s’agglutinent vers les sorties créant un incroyable bouchon humain. Je commence à avoir froid et je ne sais pas où aller. 12H00. Je n’arrête pas de regarder mon téléphone qui affiche : panne de réseau. Je ne comprends pas pourquoi tu n’es pas là et ce qui se passe ici, je suis inquiète. Je n’en reviens pas de voir autant de monde entassé, il doit y avoir une grève, ce n’est pas possible. Je cherche un coin pour m’asseoir ou m’appuyer mais en vain, tout est déjà pris. J’essaie de me faufiler pour revenir vers mon train, mais je suis ballotée, poussée, écrasée et au final refoulée. Côté rue, les sorties de la gare sont  toujours engorgées de gens qui n’avancent pas ; je suis donc contrainte de t’attendre là où je suis, livrée à moi-même. . 12H46. C’est la panique dans ma tête, je suis debout contre un panneau publicitaire, emmitouflée dans mon manteau, l’écharpe sur le nez. Je me demande ce qui a bien pu te retenir aussi longtemps et ce que font ces gens. Puis, je décide de fermer les yeux et de me focaliser sur des choses agréables pour me calmer. Malgré le bruit et l’agitation autour de moi, peu à peu j’arrive à m’évader ; je me dis qu’on ne s’est vu qu’une seule fois et qu’en fin de compte, on ne se connaît pas. Je me demande si j’ai bien fait d’accepter ton invitation pourtant, je me revois sourire, devant ton dernier mail qui m’invite à venir te rejoindre. J’aime ta façon de m’écrire et de me charmer. Tous ces souvenirs qui m’arrivent dans le désordre, m’apaisent un peu.

14h02À moitié inconsciente, je sens une main saisir mon bras, je pousse un cri en regardant, « c’est toi ! » Tu me fais un grand sourire suivi d’un air dégoûté « désolé pour le retard, mais j’ai dû venir à pied ». Habillé comme un esquimau, tu es à peine reconnaissable ; tu as de la neige sur les cils et tes vêtements sont durcis par le froid. Peu importe ta tenue, je me jette dans tes bras, heureuse de te voir enfin. « Mais qu’est-ce qui se passe ici ? » Avec beaucoup de précautions, tu m’expliques : « D’après de vieux écrits Mayas, c’est aujourd’hui la fin du monde et il n’y aurait qu’une seule ville épargnée. Elle se trouve à une centaine de kilomètres d’ici mais les trains s’arrêtent à Toulouse à cause de la neige, ce qui explique la présence de tout ce monde ». Consternée, je te demande : « Et tous ces gens se rendent là-bas ? » Tu me réponds : « Oui, ils pensent que c’est le seul moyen de rester en vie ». J’ouvre grand les yeux et je te demande : « Quoi ? Mais c’est sérieux cette histoire de fin du monde ?» Tu soupires, empoignes mon bagage d’une main et de l’autre mon bras en disant : « Nous devons nous engouffrer dans la foule pour sortir de cet enfer, tu es prête ? » Je réponds à demi-mot « oui ». À suivre…

 

 


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