Rémi Vincent
Rémi
Vincent
Militant du Front de Gauche - élu de Colomiers

Respirez monsieur Moudenc, respirez

Ouuuh qu’il n’est pas content Monsieur Moudenc ! Un modeste militant aux modestes compétences en la matière a osé répondre à ses fallacieux arguments en faveur de la vidéosurveillance.

 

J’ai adoré me faire traiter d’ « activiste d’extrême-gauche » ou être qualifié de « thuriféraire d’Hugo Chavez » alors que j’abordais un sujet sérieux, avec des arguments raisonnés.

 

Je ne voudrais pas entrer ici dans ces invectives faisant allusion à nos accointances politiques respectives, en rappelant par exemple que l’UMP a noué une relation de partenariat avec le très démocratique Parti communiste chinois, ou encore en rappelant que l’on compte des dizaines d’anciens militants d’extrême-droite dans les rangs de l’UMP (Gérard Longuet, Patrick Devedjian, Guillaume Peltier…) Non, je veux rester dans le sujet qui nous concerne.

 

 

Pourquoi faut-il étudier scientifiquement les effets de la vidéosurveillance ?

 

Ces dernières années, grâce aux progrès des méthodes scientifiques d’évaluation des équipements de vidéosurveillance, de nombreuses études ont été effectuées dans plusieurs pays, comme le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l’Australie. Ces études sont importantes car elles ont été effectuées dans les Etats précurseurs en la matière, qui développent cette technique depuis les années 1960.

 

Ces études se basent sur des méta-analyses. Une méta-analyse, c’est une démarche statistique combinant les résultats d’une série d’études indépendantes sur un problème donné. Elle permet l’élimination des biais statistiques inhérents aux études non indépendantes, manquant de rigueur ou dont les résultats sont interprétés d’une manière détournée.

 

Ces méta-analyses sont donc le pire cauchemar des apprentis sorciers, dont fait partie Jean-Luc Moudenc, qui justifient leurs propositions sécuritaires par des enquêtes d’opinion douteuses et des études partiales, plutôt que de dire la vérité.

 

 

Que disent donc ces études scientifiques à la méthodologie fiable ?

 

Ces deux études datent de 2002 et 2005 et ont été financées par le Home Office britannique, centre de décision et d’analyse des politiques de sécurité. Elles couvrent les résultats de plusieurs dizaines d’études, portant sur des centaines d’équipements. Elles prennent en compte les résultats de « zones témoins », qui permettent d’identifier si les éventuels effets constatés sont bien le résultat de l’installation de caméras, ou ne dépendent pas d’autres facteurs. Vous suivez, Monsieur Moudenc ?

 

 

Pour la première étude (2002), deux éléments intéressants :

 

  • Dans les lieux ouverts et à forte densité de passage (rues des centres-villes, quartiers de type HLM et leurs abords, dans les transports en commun…) l’impact de la vidéosurveillance est de moins de 2% sur la délinquance ;

 

  • Dans les lieux fermés vidéosurveillés (comme les parkings souterrains), l’on note cependant une diminution de la délinquance (environ 41%.)

 

C’est dans les parkings toulousains que vous souhaitez multiplier les caméras, monsieur Moudenc ?

 

 

Pour la seconde étude (2005), qui est de meilleure qualité du point de vue de la rigueur méthodologique, plusieurs enseignements :

 

  • Sur 13 projets, seulement 2 indiquent une réduction de la délinquance pouvant être jugée comme significative après comparaison avec les zones témoins. Toujours sur ces 13 projets, 7 indiquent même une augmentation de la délinquance (sans lien avec l’installation de caméras.) Dans ces « zones tests » la délinquance ne baisse pas plus que dans les « zones témoins. »

 

  • Concernant l’impact dans les parkings, après avoir contrôlé les autres paramètres (éclairage, réparation des clôtures), une seule étude (sur sept) montre un lien avéré entre la présence de vidéosurveillance et la baisse de la délinquance constatée, mais uniquement dans les parkings où le risque de vol est important (là où il n’y a pas de contrôle.)

 

  • Dans cette étude, on note la satisfaction de la population concernée par l’installation de la vidéosurveillance, à plus de 70%. Oui, la population est satisfaite, le sondage que vous citez le montre. Mais pourquoi ? Parce que c’est utile ? Pas forcément, on vient de le voir plus haut. Parce que ça la rassure ? Même pas ! Regardez ce qui suit.

 

  • Les personnes interrogées après l’installation disent se sentir autant en insécurité qu’avant, ne disent pas sortir davantage dans les zones vidéosurveillées, et ne croient pas en la diminution de la délinquance par cette méthode. En somme, la population y est favorable, sans se faire d’illusions sur son efficacité.

 

Voilà monsieur Moudenc, je vous laisse la bibliographie ayant servi à la rédaction de cette note, et j’espère avoir très vite l’occasion d’en débattre avec vous.

 

Et par pitié, ne me sortez pas votre fameux « les sondages disent que les Français y sont favorables ! », ce ne serait pas honnête, venant d’un homme si éclairé que vous.

 

Rémi Vincent

 

 

 

Sources :

 

S. Roché (directeur de recherche au CNRS), « La vidéosurveillance réduit-elle la délinquance ? », revue Pour la science, n°394, août 2010.

iga, ign, igpn, Rapport sur l’efficacité de la vidéoprotection, Ministère de l’Intérieur, rapport au ministre de l’Intérieur, 2009.

S. Roché et al., Les usages techniques et politiques de la vidéosurveillance, rapport final d’une recherche pour l’Ihnes réalisée par le pôle Sécurité et Société, pacte-iep de Grenoble, 2007.

H. A. Wells et al., Crime and cctv in Australia : understanding the relationship, humanities & social sciences papers, Bond University, Research report, 2006.

M. Gill et A. Spriggs, Assessing the impact of cctv, Home Office Research Study, n° 292, 2005.

B. Welsh et D. Farrington, Crime prevention effects of closed circuit television : a systematic review, Home Office Research Study, n° 252, hmso, 2002.


2 COMMENTAIRES SUR Respirez monsieur Moudenc, respirez

  1. Gold31 dit :

    Je crois que le problème de la vidéo surveillance a toujours été mal posé.
    De quoi parle-t-on? De vidéo surveillance passive (systèmes de bandes enregistrées automatiquement)…ou de surveillance active, qui supposerait un contrôle permanent de caméras vidéo de la part d’agents de sécurités postés derrières des écrans de contrôle.

    Embaucher des agents de contrôle, aurait l’avantage de créer des emplois…d’une part, et de faire de la vidéo surveillance autre chose qu’un leurre mécanique sans réel impact, d’autre part.

  2. Alain MILA dit :

    Belle chronique Cher Rémi, nous sommes loin d’être toujours d’accord, mais je vois là un article très documenté et reconnais en toi l’homme brillant.
    Oui la vidéo surveillance ou protection comme l’on la qualifie désormais (je ne sais pas de quoi elle protège d’ailleurs) est à mes yeux le drame quotidien de la réalisation du roman d’anticipation que fut 1984, et de Big-Brother, cette figure du régime policier et totalitaire de la société de flicage, heu pardon, société de surveillance ou de protection dans laquelle nous vivons et de la réduction des libertés qui en découle.
    Les caméras pour moi c’est comme les hommes (ou femmes) en arme, plus j’en croise et plus je suis inquiet…
    Mais “Surveiller et punir” publié au début des tristes années Giscardiennes par cet excellent Michel FOUCAULT (l’intellectuel pas JP !) fait une analyse passionnante sur la vision “normalisatrice” de la droite et de la réaction, à laquelle appartient Monsieur MOUDENC….
    Comme l’a dit lors d’un discours mémorable Miguel de UNAMUNO, recteur de l’Université de SALAMENQUE à un général phalangiste “Vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas… vous ne convaincrez pas parce que convaincre signifie persuader”…
    Continuons donc à nous battre contre toutes les restrictions de liberté, pour les valeurs de notre République, dont la première…

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