Philippe Motta
Philippe
Motta
Chronique d'un temps qui leur échappe

René ou la pérennité du provisoire

Sans doute certains encore imaginent le politique en visionnaire inspiré tel le René de Chateaubriand, campé dans ses bottes « égaré sur de grandes bruyères (…) le vent sifflant dans la chevelure », aspirant en un au-delà qui existe plus loin que sa propre personne, en quête d’une « puissance pour créer des mondes ». Taratata. D’abord, des bruyères, y’en a plus. Ensuite, l’au-delà est calqué sur le calendrier électoral, ce qui rend aléatoire la création d’une Eve dans les temps. Ne nous égarons pas et revenons au vent et aux tourments de l’âme ; à Chateaubriand, quoi. Tiens, prenons Martin Malvy. Vous croyez qu’il a le temps d’embarquer pour « les espaces d’une autre vie » ? Il est dans les marmites, le grand homme. Les landes du Lot, ce sera pour plus tard : les cuisines de l’hôtel de Région doivent être rénovées et il faut faire cantiner le petit personnel. Comme il n’était plus question d’appeler la famille Arif à la rescousse, on a pensé se tourner vers les frondaisons de l’aimable « Jardin du pays d’Oc », si apprécié des riverains… qui n’en profitent pas.  Un tout petit hectare d’ombre et de ramures centenaires  qui a échappé aux promoteurs, mais pas à l’œil exercé des services de l’hôtel de Région, auquel il est exactement adossé. Rien de neuf toutefois. Une partie de cet espace avait déjà été séquestrée à partir de 2008 pour y installer des bâtiments « provisoires », le temps de bâtir la crèche destinée à la progéniture du personnel territorial, ce qui fut bouclé fin 2010. Mais la Mairie a profité de l’aubaine pour pérenniser le temporaire, et déplacer à son tour des populations entières de nourrissons municipaux en attente de rénovation –crèches du Taur et de Jules Julien. Pendant ce temps, les riverains restaient à la porte de l’enclos et les arbres à leur solitude. Mais, ouf, en juillet 2014, enfin réconcilié avec la main magique des jardiniers, bardé de jeux de plein air, le petit bois renouait avec la poésie urbaine et les riverains avec leur part d’ombre. Mais, patatras ! Vous avez deviné : le Jardin jouera la parenthèse. Exit les biberons, place aux sous-traiteurs. On va y cuisiner « provisoire », le temps que la cantine régionale retrouve ses pénates.  Même s’il existe d’autres solutions, pas question d’aller faire stabuler ailleurs les secrétaires diététiques et les viandards des services techniques. Les riverains ont eu le pouvoir de ne rien dire. Donc, pour six mois nouveaux, sauf prolongations, le jardin est appelé à se morfondre et les résidents à profiter de la canicule dans leur salon. Dur. D’autant que question intendance, la Région n’en a pas fini avec les tracas. Ainsi, le nouveau découpage prévoit que le nombre d’élus ne sera pas redécoupé, lui. Mais cumulé. Ainsi, l’hémicycle du Conseil Régional taillé pour les 91 élus actuels, va devoir accueillir les 67 autres venus de Languedoc-Roussillon. « La question a été évoquée », dit-on au Conseil Régional. Certes. Mais en attendant que les étudieurs étudient, que les architectes architectent et les bâtisseurs envoient leur facture… On les mettra où, les strapontins ? « Heu… », répond-t-on. D’ici là, Martin Malvy aura rendu son tablier. Il sera, on l’imagine, à la cafétéria du Grand Figeac, tourné « vers les bords ignorés et les climats lointains » emporté « sur les ailes (…) des oiseaux de passage ». Qui fuyaient le Jardin du Pays d’Oc ?

 


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