Thomas Simonian
Thomas
Simonian

Qui va payer nos retraites ?

Déjà mon père en parlait, lui qui n’en n’a jamais profité… Mais à son arrivée en France, on l’a «racketté», en exigeant de lui qu’il finance, à nouveau, toutes les années passées sous protectorat Marocain, s’il avait un jour l’ambition de toucher en fin de carrière une retraite complète. En 1956 avec la même somme, mes parents auraient pu acheter une ferme avec sept hectares de terre à Saint-Simon… Ma mère, la fonctionnaire des hôpitaux, aurait opté pour cette solution. Mon père a préféré se mettre en accord avec la règle d’un pays qu’il ne connaissait pas, mais à qui il avait pourtant donné sa jeunesse et plus quand il avait été en danger… Une autre histoire ?

Alors qui va payer nos retraites ? Mais tout d’abord, où en sommes-nous ? Sommes-nous égaux devant cette fatalité ? A vrai dire non, voyez le cas de l’individu lambda, majoritaire dans notre pays, qui vient d’atteindre les 60 ans. En premier lieu l’administration se doit de lui envoyer son «bilan professionnel», pour qu’il puisse se faire une idée de sa situation. Dans bon nombre de cas c’est l’inverse qui se produit et c’est au futur retraité, pressé de toutes parts : conditions de travail, pouvoir d’achat, fatigue accumulée durant ces 40 années, de se manifester…

Et quand arrive le super CV, il faut être un vrai spécialiste pour tout comprendre ; d’autant si la carrière a été animée. Le fonctionnaire ou «le gars» qui a passé toute sa vie professionnelle dans la même «boutique» aura son calcul facilité… Mais pour l’autre, le commun des mortels qui aura «voyagé» au gré des remises en question et des coups-bas, il faudra beaucoup de mémoire comme de perspicacité pour reconstituer son parcours. Mais surtout d’optimisme, car figurez-vous que l’entité chargée de vous suivre, pas à pas, depuis votre première fiche de paie, peut avoir commis des oublis, des manquements à ses devoirs. Mais comme toujours pas d’obligation de résultat ; alors là, commence le parcours du combattant :

-       Mon brave Monsieur, vous étiez où à cette période charnière de votre vie ?

-       Eh là pardi…

-       Il vous faut le prouver.

-       Mais l’entreprise n’existe plus…

-       Et vous n’avez pas gardé l’ensemble de vos fiches de paies ? Mais c’est une grave erreur.

-       Mais vous n’êtes pas l’entité nationale qui recense tout ?

-       Nous on collationne ce que l’on nous confie. Et je n’ai rien de plus en ce qui vous concerne.

-       Heu ! Je fais comment ?

-       Cher Monsieur vous êtes un cas d’école… Permettez-moi de vous le dire : vous êtes un tantinet irresponsable de n’avoir pas prévu l’inéluctable : le jour de la retraite. Pas de documents, pas de retraite et il vous manquera six trimestres.

-       A travailler donc…

-       Vous avez tout compris !

-       S’il vous plait à «bisto de nas», vous pouvez me dire ce que je vais toucher par mois ?

-       Aujourd’hui, vous n’avez pas de chance car un certain Balladur que je n’ai pas connu, est passé par là et ce sont les 25 meilleures années qui sont prises en compte au lieu des dix comme avant.

-       Ha bon ! Alors combien ?

-       Je ne voudrais pas vous décevoir mais vous n’aurez pas le smic.

-       Quoi ? Depuis l’âge de 14 ans, j’ai toujours travaillé et cotisé de toutes parts. Pas une heure de chômage et je vais finir ma vie avec moins du smic ? Mais où est passé mon pognon ? Enfin, mes cotisations ?

-       Mais Monsieur vous oubliez la solidarité nationale. Ne manqueriez vous pas d’un peu de civisme ?

 

Et s’il y avait plus malheureux que nous ?…

 

C’est vrai aussi, comme me le rappelle ma concierge, qu’il y a plus malheureux que nous…

Voyez ce fonctionnaire qui se plaint de sa nouvelle condition de futur retraité : «notre régime de retraite a été aligné sur le régime général depuis 2003 en passant de 37,5 années à 40 ans de cotisations. Cependant, nous aurions aimé que l’alignement soit opéré pour tout. En effet, contrairement au secteur privé, nos primes n’ont jamais été prises en compte dans les cotisations retraites et ne le sont pas plus depuis la réforme. Enfin, un enfant compte 2 ans pour le calcul de la retraite dans le secteur privé mais une seule année dans la fonction publique. Equité, justice, alignement ? Oui je le conçois, ma retraite est calculée sur mon dernier salaire»…

Le cas du moraliste, plus responsable : «Il est bien triste que le seul but poursuivi par la très grande majorité des Français soit d’accéder, le plus tôt possible, à la retraite après une vie de «labeur» jugée à tort, pénible et aliénante. De plus, je ne crois pas que les syndicats soient dans leur rôle quand ils appuient ainsi des revendications relatives à une anticipation de l’âge du départ à la retraite, comme ils le font aujourd’hui. Même s’ils sont poussés par leurs mandants qui la réclament à corps et à cris. Je pense, au contraire, que tous les acteurs sociaux, en dehors de toutes considérations idéologiques, partisanes ou électoralistes devraient, sans tarder, se réunir pour envisager, sereinement, les mesures d’accompagnement les plus appropriées pour favoriser l’évolution d’un phénomène qui, de toutes les façons, s’avère inéluctable !» Voilà qui est dit…

Le râleur de droite comme de gauche : «Avant de vouloir faire travailler plus ceux qui se lèvent déjà tous les matins pour aller au turbin, faisons travailler ceux qui ne font rien : Rmistes, chômeurs professionnels. Soit, en France : 700.000 emplois qui ne sont pas honorés… Après on verra!». Pas tout à fait tort !

Un pote à Besancenot : «A ceux qui disent que pour les chômeurs, le fait de passer le temps de travail à 41 ans au lieu de 40, leur fera une année de plus au chômage, je dis que c’est faux et plus sournois qu’ils ne le pensent ! Car d’après Bercy, 1 demandeur d’emploi sur 2 ne touche rien et il n’est pas indemnisé par l’assurance chômage». Cela méritait d’être dit…

Celui qui a tout compris : «Moi, je m’interroge, sur le fonctionnement des organismes de retraite complémentaire. Quand je vois l’étendue de leur patrimoine immobilier, les adresses où sont situés leurs bureaux, quid des frais de fonctionnement ?» Il est vrai que l’on ne sait pas tout du circuit emprunté par nos cotisations sociales, avant d’être affectées aux retraites.

L’épicurien : «Pouvez-vous me guider ; j’ai 52 ans, je suis en arrêt pour longue maladie. Et je n’ai aucune intention de retravailler ! Suffisamment de jeunes attendent du boulot, pourquoi ne pas le leur laisser ? Alors, pour les 41 ans de cotisations, ça me donne encore au minimum 4 ans à tenir ? Et je n’aurai pas 60 ans… Mais que faire?» Si quelqu’un connaît la réponse…

L’inquiet fataliste : «Nous faisons partie de la «génération sacrifiée». Oui, celle des enfants d’après guerre, des années 50. Il nous faut payer pour nos parents partis en retraite entre 53 et 58 ans. Et maintenant on nous demande de payer pour nos propres retraites, sous prétexte que les jeunes, soit n’accèdent pas à l’emploi ou bien y accèdent tard après 25 ans… Il y a quelque chose de pourri au royaume de France !» J’en sais quelque chose…

L’informé qui sait tout : «C’est en plus du passage à 41 ans que le COR (Conseil d’Orientation des Retraites) estime que des mesures complémentaires de redéploiement seront nécessaires, et ce n’est pas du tout là, la position des syndicats ! Si cotisations supplémentaires il y a, ce n’est pas cela qui améliorera le pouvoir d’achat, ni la prospérité des entreprises. Ce sont les redéploiements de charges existantes qui doivent avoir la priorité, notamment celles qui offensent l’équité. Sinon, faut-il évacuer le critère de régimes contributifs ? Et quid des régimes obligatoires de droit privé ? Leurs administrateurs vont-ils disparaître au profit de l’Etat ? Encore une affaire de pros…

Le candidat aux élections prud’homales : «Mme Parisot et M. Gattaz pendant que vous y êtes, pourquoi ne pas arrêter de travailler qu’avec la présentation du certificat de décès. Que le MEDEF commence par garder les séniors jusqu’à 60 ans et les retraites seront financées.»… On peut comprendre la révolte non feinte du syndicaliste.

 

Pour ma part, après maintes revendications je viens de recevoir mon «pédigrée social». Un flash back qui, au-delà de la prise en compte de mes 60 ans, m’a mis le moral à zéro. Oui, en revoyant le film de ma vie, avec ses années d’insouciance, de bonheurs partagés, de réussite sociale et familiale, les échecs, les combats gagnés et perdus, les coups bas, les traîtrises, les injustices, les rencontres ; j’ai craqué. Sur plus d’une ligne de lecture du bilan, j’ai retourné le couteau dans la plaie, en envisageant un instant ce qu’aurait pu être ma vie et finalement ce qu’elle est aujourd’hui. Non, on ne m’a jamais fait de cadeau et comme aujourd’hui tout fait payer cash.

Mais l’on ne se refait pas, je suis un idéaliste, un humaniste qui en plus, a la foi… Vous l’aurez compris que des tares dans un monde d’enfoirés, comme aurait dit Coluche…

 

André Gallego

Direction ligne éditoriale

Président France Génération Plurielle

andreg@aol.com

* Edito réalisé avec le soutien, la perspicacité des lecteurs du Journal Toulousain… L’occasion aussi de leur envoyer un grand merci, car sans eux, il y a bien longtemps que mon «Rêve d’avance à partager», se serait arrêté net.

 


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