Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Qui est républicain en fait ?

Il en est des titres que se donnent un parti politique comme des hommes, des acteurs politiques qui le personnalisent ou le personnifient. Ainsi à peine Nicolas Sarkozy avait-il rebaptisé l’UMP « Les Républicains » que le premier Secrétaire du PS, toujours apte à la répartie et au « bon mot » a lancé le 6 mai dernier « Les Ricains c’est ainsi qu’on va les appeler ». Ce n’est surement pas le hasard qui a dicté cette caricature et cette translation vers une nouvelle symbolique. Il n’y a rien de commun entre « Les Républicains » et « Les Ricains », mais il y a, par ce trait d’humour corrosif, l’illustration de la portée de la symbolique des mots. Non par rapport à la vie politique américaine (Les « Démocrates » et les « Républicains ») mais par rapport à la déclinaison de cette appellation dûment contrôlée par l’histoire nationale au point d’être constitutionnalisée avec le fameux triptyque « Liberté, Egalité, Fraternité ». Au point d’ailleurs de voir le Président de l’UMP dénier, une fois de plus, aux socialistes de se revendiquer « républicains », en les accusant « d’avoir toujours mis le socialisme avant la République » pour mieux s’ériger en sauveur d’un modèle – dans l’iconographie de « Bonaparte au Pont d’Arcole » – qu’il affirme être en perdition et donc nécessitant la « patte » sarkozienne pour investir la pré-campagne des Présidentielles de 2017. Mais quelle est donc la caractéristique de la « Res Publica » de l’ancien Président ? La réponse éclaire le programme à venir : cette République est à la fois « autoritaire, méritocratique, libérale et identitaire. »

« Redéfinir l’identité républicaine »

Une tentative d’attribution de qualificatifs au moment même où Marine le Pen rompt avec un père – « Le meurtre du Père » – et son cortège idéologique fait d’antisémitisme et de complaisance – systématique – avec le régime de Vichy. Voilà donc le FN en quête aussi de son républicanisme comme si chacun devait montrer « patte blanche républicaine » plus qu’auparavant. La peur de l’autre, le « Grand Remplacement » cher à R. Camus, tout est construit non pas autour de l’idée de Fraternité, mais de la peur de l’autre, du rejet de l’étranger et de l’islamophobie montante. Ni égalité chez l’un, ni fraternité chez l’autre, moment idéal pour la gauche de redéfinir l’identité républicaine à la manière de V. Duclert dans son idée de « Constitution morale pour la France », une façon de « réinventer » la République. La bataille sémantique engagé par Cambadélis et J.N. Jeanneney sera aux fondements idéologiques de la campagne des Présidentielles. Au moment où chacun veut se réapproprier le mot « République », entité une et indivisible avec sa trilogie « Liberté, Egalité, Fraternité » il faut définir clairement les enjeux pour bien les poser dans le paysage politique sans galvauder « République » et « Les Républicains » sur les tréteaux du théâtre politicien ! Le Norvégien Galtung écrivait il y a 30 ans : « L’intellectuel français aurait plutôt tendance à considérer son modèle comme une métaphore qui jette un peu de lumière sur la réalité mais ne devrait pas être prise trop au sérieux ». Cela voudrait-il dire que « la culture française centrale peine à mobiliser pour le meilleur la valeur d’égalité » (E.Todd) ?

 


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