Robert Redeker
Robert
Redeker

Quelques réflexions sur l’intégrisme

Les confusions verbales ne permettent ni de comprendre la réalité ni, par conséquent, de triompher des ennemis qui l’habitent. Ainsi le terrorisme djihadiste est-il toujours associé par la langue de caoutchouc des journalistes et des politiciens aux mots “intégriste” et “intégrismes”. Quels sont les présupposés d’un pareil amalgame ? Est-ce vraiment le vocabulaire approprié pour désigner les criminels et leur idéologie ?

Des présupposés moraux (l’intégrisme serait le mal), logiques (il serait une faute de raisonnement) et anthropologiques (il ouvre la route du crime) fondent inconsciemment cette approche. Ils ne tiennent pas.

Un homme intègre est un homme honnête et vertueux. Intègre signifie qu’il ne transige pas avec les principes, qu’il ne s’abandonne pas aux arrangements et aux facilités. La perfection de cette intégrité culmine dans la personne morale chez Kant, qui obéit à l’impératif catégorique. De même, on énonce un compliment quand on dit d’un politicien qu’il est intègre. Ce mot désigne un certain rapport, droit, sans faux-semblant, à la Loi (morale, théologique ou politique), à l’essentiel, aux principes, aux fondements. Intègre sera dans tous ces cas le contraire d’hypocrite et deviendra souvent synonyme de courageux. Un homme intègre est alors quelqu’un à qui l’on peut se fier.

« L’intégriste est celui ou celle qui veut vivre pleinement, sans transiger, le message auquel il croit »

L’intégriste est celui ou celle qui veut vivre pleinement, sans transiger, le message auquel il croit. C’est donc le contenu du message qu’il importe de juger, non l’intégrisme en soi. Il n’y a rien de répréhensible dans le fait d’être un intégriste de l’orthographe, de demander de pouvoir dire la messe en latin, ou de vivre en intégriste sa foi dans un monastère. Le logicien qui exige la rectitude des raisonnements est un intégriste lui aussi. Comme l’est le citoyen qui, révolté par la trahison d’un référendum, veut que la volonté générale soit respectée. L’intégriste est aussi celui qui tire avec rigueur toutes les conséquences logiques de l’idée de base.

Laisser croire que l’intégrisme engendre forcément le terrorisme est une grotesque mascarade. L’usage désinvolte du mot “intégriste” produit un double effet déplorable : il banalise le djihadisme terroriste, en le ramenant à une figure plus commune de la pensée, tout comme il tire abusivement toute forme d’intégrisme vers ce terrorisme. C’est l’idéologie – le djihadisme – qui doit être combattue, non la posture qui la véhicule.

 

 

 

 

 

 


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