Rémi Vincent
Rémi
Vincent
Militant du Front de Gauche - élu de Colomiers

Prévention de la récidive : « Christiane, chiche ? »

La semaine dernière (les 14 et 15 février), s’est déroulée la conférence de consensus sur la prévention de la récidive. Après recueil de dizaines de contributions thématiques, de près de 140 auditions et de plusieurs heures de débat, le jury de cette conférence a produit un rapport à l’attention du Premier ministre, organisé en grands principes et douze recommandations concrètes.

 

Et il faut reconnaître que le contenu est très prometteur pour l’avenir de notre politique de prévention de la récidive. Parce que l’on vient de loin, et parce qu’il reste encore du chemin.

 

La droite, ces bourrins

 

La période de la démagogie sarkozyste, celle pendant laquelle chaque fait divers sordide faisait l’objet d’une indignation interministérielle un peu pathétique, la larme à l’œil, semble révolue. Les médiacrates en étaient les alliés objectifs, reprenant la politique gouvernementale sans filtre, et abondant dans le sens que notre justice serait trop laxiste, que les victimes ne sont pas entendues, et que notre société serait de plus en plus violente, à la limite du chaos.

 

Alors, les peines planchers, basées sur l’idée que la récidive se combat par la dureté de la réponse pénale. Alors, les mesures de sûreté, basées sur la surveillance des personnes évaluées comme étant dangereuses, en dehors de toute commission de fait criminel. Alors, la stigmatisation de ces magistrats « laxistes », basée sur l’idée qu’ils relâchaient des dangers publics à tours de bras. Alors, l’héroïsation des forces de police, seules professions capables d’enrayer l’insécurité et victimes de la « passoire » de notre système pénal.

 

La droite ne connaît rien aux questions de sécurité, aux questions pénitentiaires. En tout cas les responsables de droite qui ont dicté cette communication sarkozyste et cette doctrine gouvernementale n’y connaissaient rien. Trop aveuglés par leur course à l’électorat frontiste, avide de sang, de peines exemplaires et de lutte contre le « lobby bisounours » que nous serions.

 

Cette période a fait beaucoup de mal, mais la voie que prendrait la politique de Christiane Taubira, si elle suivait les recommandations du jury de cette conférence de consensus, pourrait « révolutionner » l’approche de la question, et affronter enfin la doxa sécuritaire.

 

Soyez au moins à gauche sur cette question !

 

Quitte à avoir abandonné l’idée d’affronter la finance, de redynamiser la démocratie républicaine et d’engager la transition énergétique, espérons au moins que le gouvernement ira dans le bon sens en ce qui concerne cette question.

 

Le rapport recommande plusieurs évolutions dans notre approche de la peine, de la prison et de la récidive.

 

Il préconise l’abandon de la prison comme peine de principe, qui est aujourd’hui prononcée pour de nombreux délits qui pourraient en être exemptés (les délits routiers par exemple), qui est prononcée souvent systématiquement (par les peines planchers), et qui n’a finalement pas d’impact significatif dans la prévention de la récidive. Le parc pénitentiaire actuel ne devra pas être augmenté et devra se voir amélioré d’un point de vue qualitatif, conformément aux règles pénitentiaires européennes.

 

Il préconise la création d’une véritable peine de probation. Ce ne serait pas une peine « au rabais » ou une alternative à l’emprisonnement, mais une véritable peine prononcée par un juge et contenant potentiellement une combinaison de mesures de réparation (ex. TIG, médiation), de mesures de modification comportementale (ex. injonction thérapeutique, stages de citoyenneté) ou encore de mesures de réinsertion (ex. recherche d’emploi, accès au logement.)

 

Il préconise une augmentation des efforts portés sur l’amélioration des conditions de suivi et d’accompagnement économique et social des personnes sous main de Justice, partant du principe que la première prévention de la récidive est la resocialisation de la personne condamnée. C’est un constat indiscutable : il faut préparer le détenu et la personne condamnée en général à s’insérer dans le corps social, afin de lui faire respecter l’ensemble de ces normes et règles de vie en commun. Pour ce faire, les services pénitentiaires de probation et d’insertion sont replacés au cœur de la chaîne de la prévention de la récidive.

 

Alors, Madame la Ministre, quel sera votre poids au sein de ce gouvernement austéritaire, pour faire accepter l’idée que l’amélioration de notre politique en cette matière passera nécessairement par des moyens budgétaires supplémentaires ?

 

Quel sera votre poids dans ce gouvernement où pèsent lourd Monsieur Valls et donc ses amis du lobby sécuritaire ?

 

Madame la Ministre, et si vous repreniez à votre compte les recommandations de ce rapport qui vont dans le sens d’une politique pénale efficace contre la récidive, humaine pour les conditions de détentions des condamnés, et sociale pour les conditions de travail des professionnels de la probation et de la justice ?

 

Chiche ?

 Rémi Vincent


UN COMMENTAIRE SUR Prévention de la récidive : « Christiane, chiche ? »

  1. Patrick Aubin dit :

    Si en temps que libéral, je ne peut qu’être d’accord sur le constat que la justice n’est pas adaptée à la prévention de la délinquance et de la récidive, je ne peux partager les conclusions.

    Plus de moyens ??? Si l’État, et donc si le but politique, s’occupait exclusivement de ses fonctions régaliennes, nous aurions les moyens de réinsérer les justiciables et de mettre les peines adaptées.

    Ce ne sont pas plus de moyens qui régleront les difficultés : au contraire continuer à prélever des impôts conduit à plus de délinquance.

    La Société se doit de reprendre le pouvoir et de remettre l’État à sa place. Lorsque les citoyens au sein de la Société seront devenus libres et mis en face de leurs responsabilités, au lieu de baigner dans la servilité à l’Etat-providence, alors la raison permettra de mettre en place les vrais moyens d’une politique qui sache vraiment répondre aux nuisances que causent les délinquants à la Société de manière graduée.

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