Philippe Motta
Philippe
Motta
Chronique d'un temps qui leur échappe

Pour vivre peureux, vivons montrés

Ce n’est pas parce qu’on est paranoïaque, que l’on n’a pas d’ennemis. La preuve par Airbus Group qui, selon Günter Butschek, un ex-Superman maison, « consacre une réunion sur deux à la sécurité informatique ». Il est vrai qu’il s’est décerné un auto satisfecit  dans une interview donnée en juillet 2013. Depuis, on imagine que les choses ont changé. Techniquement, s’entend, car sur le fond on n’est pas si éloigné de l’époque où l’on équipait Montaudran d’un chenil pour éviter les visiteurs du soir. On fait désormais de sérieuses économies sur le budget croquettes , ce qui est réconfortant en ces périodes de disette, mais ce qui l’est moins, c’est ce titre de La Dépêche du 24 avril dernier, qui nous apprend qu’Airbus Group aurait été espionné… par des Allemands pour le compte des Américains. Allons, bon. Mais à quoi servent alors tous ces contrôles quasi miliciens  effectués par des officines – pardon, des sous-traitants – qui menacent de vous mettre à loilpé dès que vous prétendez franchir les barrières ? Que vous soyez livreur de tartes pour la cantine, ou journaliste invité vous devez : 1) vous annoncer, 2) Laisser vos papiers à l’entrée. Tout ça parce qu’on a soupçonné un livreur de tartes d’avoir emporté sous le bras les plans du Tupolev, ou plus exactement du Concorde ? On imagine : le mec était à la cantine et il a remarqué que les cuisiniers mettaient les épluchures dans de vieux documents. Il a fait les poubelles et voilà : le Tupolev qui casse sa pipe en pleine démo au Bourget. T’as qu’à croire. Pour rappel, ce sont les mêmes qui acceptent d’implanter des usines auprès de leurs « clients ». Les Chinois par exemple, qui rêvent depuis quelques décennies maintenant de produire leurs propres avions de plus de 150 places, longs courriers.

«  Personne n’est dupe »

Un vœu qui rejoint pile poil les performances de l’A.320 et le bon sens commercial d’Airbus qui est allé implanter des usines d’A.320 à Tianjin. À part ça, on voit parfois des conférences de presse chez l’avionneur, où l’on demande aux journalistes de débrancher leurs téléphones portables, tant il est évident que lorsqu’on fait une communication publique à sa gloire, elle doit rester secrète. Ce décorum sécuritaire est d’autant plus vain que personne n’est dupe : c’est bien de l’intérieur que ces entreprises sont espionnées. Airbus n’est qu’un exemple. La Chine aussi. L’essentiel est de faire comprendre au quidam que tout est sous contrôle. À commencer par lui. Le reste, le vrai en somme, le dépasse. C’est avec le même sens du théâtre que l’on met des caméras dans les villes. Toutes les études, dont celle rendue par le Sénat en octobre 2013, montrent la disproportion entre l’effet promis et l’effet rendu, prenant notamment l’exemple de Londres, la ville la plus caméra-surveillée du monde, où le taux d’élucidation des délits favorisé par la vidéosurveillance se révèle inférieur à 3 % et s’est montré tout à fait inopérant pour les attentats qui ont endeuillé la capitale britannique en 2005. Là encore, le résultat n’a aucune importance, l’essentiel étant que le citoyen soit persuadé que sa sécurité est prise en charge. Une fois encore, la vérité ne le concerne pas. La paranoïa, nous indique Wikipédia est « un dérèglement de la pensée » ; mais la notice ne précise pas s’il s’agit de celui qui impose les contrôles, ou de celui qui s’y soumet de bonne grâce.

 

 

 


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