Thomas Simonian
Thomas
Simonian

Pour une autre économie

Pour une prise de conscience collective qui prônerait, que l’économie soit au service de tous. Une société où chacun parmi nous aurait le sentiment d’avoir vraiment participé à en définir les contours. Une société où un «contrat civique» remplacerait la compétitivité, où la recherche du mieux-être remplacerait celle de « l’avoir plus », où la culture et l’expérience seraient plus appréciées que l’art du paraître et surtout de la quête du pouvoir à tout prix.

Bref, une société moderne, un mode de civilisation où le «mieux vivre» prendrait le pas sur des critères trompeurs de rentabilité absolue. Postulat sur lequel se fonderait logiquement toute entreprise à valeurs humaines. En effet, quelle société pérenne pourrions-nous raisonnablement bâtir si les raisons du chômage, de l’exclusion en bout de chaîne, ne nous préoccupaient pas plus que cela ? Si à titre d’exemple, le Nord se contentait en permanence de tenter de limiter l’immigration voire de la réprimer sans chercher à bâtir un avenir commun fait de partage et de responsabilité avec les pays du Sud ?

Quelle ambition à proposer à nos concitoyens quand on sait que nous avons de fait défini les conditions de vie d’un bénéficiaire d’un RSA meilleures que celles d’un citoyen lambda qui se lève pourtant chaque matin pour aller au turbin ?

Quelle justice sociale peut-on défendre quand on sait qu’une maman qui a élevé ses trois enfants, le moment de la retraite venu, si elle n’a pas le nombre d’années de travail nécessaires ne sera pas mieux lotie que le premier étranger qui décide de s’installer dans notre pays, alors qu’il n’a jamais cotisé à rien.

C’est Victor Hugo, ce grand humaniste qui déjà disait aux politiciens de son époque : «Vous voulez les pauvres secourus, moi je veux la misère supprimée». 150 ans après, cette phrase célèbre résume toujours la situation et pose encore les vraies questions d’une démocratie à revisiter. Pour la rendre plus juste, plus responsable, plus fidèle à ses résonances originelles, qui en faisaient hier ses forces et obligations.

 

Comment agir juste ?

 

Depuis des décennies, consciemment ou pas, l’humanité vit une véritable mutation et gare à celles et ceux qui n’auront pas su ou plus justement pas pu prendre le train en marche.

Oui depuis quelques décennies, dans les pays industrialisés, on assiste au remplacement des individus par des machines, des automates, voire des commandes vocales. L’action humaine, perd ainsi de sa force dans la plupart des processus de production de biens comme de services. Aujourd’hui nous vivons en direct l’aboutissement de recherches faites par des hommes, pensait-on, pour garantir le meilleur à vivre à d’autres hommes. Diminuer voire effacer radicalement les peines physiques à produire qui étaient celles d’hier, tout en leur garantissant, en toute logique, le nécessaire à s’épanouir dignement. Mais comme par magie spéculative, la plupart de nos concitoyens a surtout été « relevée » par la machine et de fait exclue de la vie active, de l’économie rationnelle. Celle qui concède à garantir le minimum de dignité, d’espoirs en demain, de vie à sceller dans un bonheur mérité.

 

La misère dans l’abondance… ?

 

C’est une évidence : le progrès incessant connu tout au long de l’Histoire, particulièrement sur le plan des technologies mais pas seulement, ne s’est pas transformé en progrès social. Au contraire, il a exclu de ces nouvelles richesses les plus faibles et même limité les élans de celles et ceux qui ont su s’adapter aux nouvelles données de l’offre et de la demande. Aujourd’hui l’écart ne cesse de croître entre un petit nombre de gens très riches et même de plus en plus riches et un nombre croissant de pauvres, de plus en plus pauvres. Cela aboutit au constat implacable d’une précarisation de la majeure partie de la population. Alors, à quand le chaos, là sous notre fenêtre ?

Oui, comme un scénario inéluctable, on voit se développer devant nos yeux, impuissants, une nouvelle donne économique : «la misère dans l’abondance financière». Pourtant on aurait pu, à l’opposé, justement penser qu’il eut été facile d’associer progrès technologique et progrès social. Bien entendu pas par un jeu de passe-passe, ressemblant à un projet de société « tout ficelé », rigide, « parachuté d’en haut ». Mais une société plus en harmonie avec les valeurs humaines qui devraient nous habiter en permanence.

Alors qu’aujourd’hui le constat est révélateur d’un mal-être qui couve, ici, avec un prétendu pouvoir du travail qui ôte pourtant aux personnes concernées celui de la réflexion ! Là, une force de débattre remise en question par des processus syndicalistes dont on a toujours plus de mal à comprendre leurs véritables rôles. Révélation des racines du mal avec cette perception toujours plus forte que le citoyen lambda n’a plus son mot à dire dans la suite à donner à ses propres aspirations. Il n’est plus maître de son destin. Peut-être ne l’a-t-il jamais été, mais hier il avait la force de rêver et de croire coûte que coûte que c’était son premier devoir à accomplir.

Constat affligeant nous posant en pions inanimés sur un damier où le noir comme le blanc posent leurs limites et obligations, d’un monde inhumain où seuls les plus avertis pourraient avoir une carte à jouer. Gare à demain, si parmi nos concitoyens, un nouveau souffle d’espoir ne prenait pas racine. Un tournant pour notre pays, pour l’Europe et l’Euro ? Chypre, une tentative de déstabilisation de grandeur nature ?

Plus certainement et que l’on ne s’y trompe pas pour notre démocratie, un long chemin initiatique reste à tracer… Mais attention l’on dispose de peu de temps et de peu de marge de manœuvre. Qu’on se le dise.

 

André-Gérôme Gallego

Direction ligne éditoriale

Président France Génération Plurielle

 


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