Nicolas Lafforgue
Nicolas
Lafforgue
Ma semaine précaire

Popularité, talent et 14 juillet

Il n’est pas populaire. Clairement pas. Mais vraiment, vraiment pas. En fait on se moque un peu de ce qu’il a à nous raconter. L’indifférence par rapport à son allocution du 14 juillet en est la preuve. Ici, avec ces chroniques, j’essaie de mettre en parallèle politique et culture rock n’roll. Dans les cultures alternatives, ne pas être populaire n’est pas signe de médiocrité. Au contraire. Ne pas être populaire c’est, le plus souvent, prendre le risque d’expérimenter et proposer quelque chose de différent. En musique, le populaire, c’est bien pour faire danser et consommer le 14 juillet. Rien de plus. Des œuvres majeures ont été composées pas des artistes qui ne remplissaient aucun café-concert. Ne pas être écouté ne veut pas dire ne pas exister. Ne pas être écouté, c’est vivre dans l’ombre, dans la nuit, et la nuit a toujours été meilleure conseillère que le jour en matière de poésie. Le gros problème de François Hollande n’est donc pas son manque de popularité. Ne pas être populaire me le rendrait plutôt sympathique. Le gros problème de François Hollande est son manque de talent et d’idées. Il ne pense plus. Il a abandonné l’espoir de nous convaincre. Et ça, ça ne sent pas bon. Quand on ne trouve plus la force de convaincre, il est grand temps de ranger sa guitare et faire autre chose. François est donc vraiment, mais vraiment, très mal parti. Et nous avec.

« Il n’y a rien de plus terrible que la déception devant une œuvre majeure annoncée »

Si Hollande n’est pas populaire, il y en a un qui surfe sur une vague de sympathie incroyable : Tsipras. Il est cool, il est rebelle, il porte bien la chemise déboutonnée. Mais est ce que Tsipras ne serait pas un groupe de 14 juillet ? Un truc bien foutu, sympathique, on pense que c’est bien… Et puis non, en fait il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent au final. Et contrairement à Hollande, Tsipras, lui, n’a pas le droit de nous tromper. Il porte en lui l’espoir de toute l’Europe précaire. Toute cette Europe qui ne sait plus comment faire, qui ne sait plus comment s’en sortir. Hollande est un tube de variété de mauvaise qualité qui n’a jamais pris. Syriza nous vendait le rêve d’un grand album. Un très grand album. Et il n’y a rien de plus terrible que la déception devant une œuvre majeure annoncée. Nous sommes à l’écoute, espérant que cette œuvre soit appréciable dans la durée, qu’il faille la découvrir, apprendre à l’apprécier et que se révèlent doucement les notes et les mots qui bouleversent. Il faudrait donc prendre le temps de l’artiste, le temps d’appréhender. Le drame avec l’humain, avec l’humain en souffrance, c’est qu’il n’a pas le temps. Syriza doit nous secouer, doit imposer son rythme, doit imposer son refus et ses projets. Syriza doit être l’évidence, en aucun cas Syriza ne peut jouer des doutes. Sinon tout ça ne servira à rien. A absolument rien. Ne pas imposer la parole des pauvres à l’heure où les pauvres sont au bord de la rupture est un crime. Vouloir composer avec les bourreaux de ce qu’était l’idée européenne est un crime. Accepter de négocier avec l’Allemagne et la France des réactionnaires est un crime. Refuser et proposer un autre modèle, c’est mettre l’Europe des banquiers devant leurs béantes contradictions. Un grand disque n’a jamais changé le monde, Tsipras, lui, le peut. A voir maintenant s’il en a le talent.

 

 


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