Police : pas d’argent coule à flots

 

Le dernier bulletin municipal « à Toulouse » est inquiétant. Le ton est  donné dès  la photo de Une, où l’on voit quatre policiers municipaux dont une fliquette au sourire de dentifrice, arpenter le pavé à grands coups de Rangers, tonfa, talkie-walkie… mais débonnaires quand même, hein, parce que la photo est ainsi choisie qu’on ne distingue pas d’arme à feu. On s’en vantera dans le texte, du pétard qui fait d’eux des vrais : « La sécurité en action », c’est le dossier-titre. Onze pages sur soixante-huit sont là pour nous confirmer qu’on veille sur la sécurité des Toulousains. « On » ? Le maire à lui tout seul, nul ne peut en douter,  il n’est question de personne d’autre que de Jean-Luc Moudenc. Y a-t-il un adjoint à la sécurité ? Un responsable à figure humaine en plus des gravures de mode qui font la couverture ? Nul ne le sait. L’auteur de l’article a sans doute oublié de demander.  Ainsi, bien malgré lui sans doute, Jean-Luc Moudenc se trouve dans l’obligation de dire « je ». À tous les coups, c’est un truc grossier de journaliste. Mais  le plumitif municipal a de la langue ; il la déploie dans l’homélie  qui introduit le dossier en citant Jean-Luc Moudenc qui déplore que le centre-ville soit devenu une sorte d’épicentre de la délinquance « car il attire des gens (sic) venus de tous les quartiers et des communes périphériques ». Qui, dès le début de son mandat, a plaidé pour le retour des  « gens » dans le centre-ville ?  On frise le frisson : « cancer de la société », « éradication (re-sic)». La tautologie est sans ambages, pour aboutir à ce qui compte vraiment : « la révolution de la police municipale ». Nous y voilà. La grande peur servait de propos liminaires à l’essentiel : « la police municipale occupera le terrain (…) en le désignant maire, les citoyens ont légitimé les policiers ».

 « Ah bon, ça coûte des sous ? »

Illégitimes jusqu’alors ? Qu’importe, nous avons un maire-poule qui déploie l’arsenal protecteur : « 170 policiers de plus d’ici 2016 (à 22.000 € annuels pour un sans-grade : 3,7 M€ de masse salariale en plus, hors charges, hors primes), 350 nouvelles caméras (étude, installation, entretien :  20.000 € pièce en moyenne : 7 M€ ), des révolvers (à environ 1000 € pièce, 350.000 €, auxquels on doit ajouter les formations obligatoires), des motos  (à 8000 €) et enfin, « de nouveaux locaux » pour ranger tout ça. Bref : en hypothèse basse, à partir de 2016, la « révolution » dépassera les 12 M€, qui viendront s’ajouter aux 14 M€  actuels. Ah bon, ça coûte des sous ? Parce qu’en onze pages pas une seule ligne sur ce que pourrait coûter « la petite révolution ». Certes, parler d’argent, c’est vulgaire, mais le journaliste a encore une fois oublié de poser la question. Il aurait dû savoir qu’il interviewe le chef d’une équipe qui reproche à ses prédécesseurs d’avoir vidé les caisses,  qui ampute Rio Loco d’une journée, qui mégote 16.000 € pour un festival dans les quartiers populaires. Rien non plus sur l’augmentation du nombre d’éducateurs, de médiateurs, de projets éducatifs dans les quartiers, ni sur l’augmentation des subventions accordées aux associations de prévention. Oui, ce bulletin municipal est inquiétant : à quelques semaines des élections départementales, un journaliste se serait permis de prendre l’électeur –les lecteurs, pardon- pour des poires ? On imagine aisément que ce pauvre Jean-Luc Moudenc, tout à la confiance dévote qu’il voue à son petit personnel, n’y a vu que du bleu. Marine ?

 

 

 

 


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.