Nicolas Lafforgue
Nicolas
Lafforgue
Ma semaine précaire

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En ce moment ça « phosphore » pas mal. J’ai appris ce verbe grâce à Sophie Nicklaus, au début je me suis moqué d’elle mais en fait c’est super swag « phosphorer ». C’est comme réfléchir mais en mieux. Donc oui, on réfléchit pas mal dans le petit monde des musiques dites « actuelles ». C’est fou comme on réfléchit mieux quand on est au pied du mur. Quand tout va bien on arrête de penser. Et quand on arrête de penser, comme par hasard, ça part en cacahuètes. Pour partir en cacahuètes, là, c’est bien parti en cacahuètes. On se réveille un matin, le disque a disparu, et le public ne vient plus aux concerts, et les subventions, bien que pas franchement abondantes ont foutu le camp. Et donc on se retrouve dans un système qui ne fait plus un rond et quand les ronds ne rentrent plus alors on se dit qu’il est grand temps de se poser deux minutes pour discuter un peu de ce qu’on fait. Cette semaine j’ai rencontré un scénariste. Et ce scénariste m’a raconté à quel point aujourd’hui il est difficile de vendre ses histoires comme il les vendait il y a vingt ans. Etonnant non ? Le gros problème, c’est que selon moi il ne se posait pas les bonnes questions. Lui, se plaignait de ne plus pouvoir vendre ses histoires à France Télévision. Mais qu’est-ce qu’on s’en fout aujourd’hui de vendre ses trucs à France Télévision ? France Télévision aujourd’hui s’appelle YouTube et les gens derrière leur ordi s’appellent le public. Ce n’est pas franchement ultra compliqué d’imaginer que ce nouvel outil que l’on appelle « internet » a assassiné les directeurs de programme de France TV. Mais non, autant continuer à se presser dans l’entonnoir de ceux qui avaient le pouvoir de faire des artistes il y a vingt ans.

« France Télévision aujourd’hui s’appelle YouTube et les gens derrière leur ordi s’appellent le public »

On a continué à discuter et il a évoqué les collectifs d’artistes, des collectifs dans lesquels les artistes bossent ensemble pour produire de vraies œuvres à proposer au public, sans se soucier du court terme mais en essayant de voir un peu plus grand, c’est-à-dire la possibilité d’offrir des œuvres que nous ne pourrions pas offrir seuls. Les seuls problèmes, ce sont la confiance entre les artistes et la mutualisation des savoirs. La mutualisation aussi des contacts et des débouchés. Et c’est là que ça devient compliqué vu que le scénariste ne se voyait pas partager son carnet d’adresse avec les copains. Donc continuons à phosphorer, mais phosphorons dans le vide, c’est moins dur. Et ça nous évite de gagner. Attendre que tout se passe mal pour commencer à chercher des solutions ça marche bien aussi en politique. Par exemple, aujourd’hui, le Parti dit socialiste est plutôt d’accord pour taper sur la gueule des grecs. Mais dans le même temps, le parti dit socialiste refuse de faire ce qu’il avait promis de faire pendant la grande escroquerie appelée « campagne électorale ». En refusant de faire une vraie politique de gauche, en s’attaquant à grands coups de lattes à la finance, le parti dit socialiste va nous plonger dans le plan de rigueur qu’Angela prépare pour la France. Une fois ce plan de rigueur mis en place, ils seront nombreux, les dits socialistes, à phosphorer, pour expliquer qu’ils n’y sont pour rien et que tous ensemble il est grand temps de « mutualiser ». Mais autant vous le dire de suite, ils se mutualiseront seuls.

 

 


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