Thomas Simonian
Thomas
Simonian

Où sont les de Gaulle, Mendès, d’aujourd’hui ?

Je ne sais si l’on a le droit d’être sévère avec nos politiques, si finalement, ils ne sont pas le seul reflet possible d’une société qui a peur de dire ses maux , d’avouer ses carences, ses faiblesses, ses lâchetés, son mépris de soi pour ne pas oser affronter son destin, ses obligations et devoirs. Comme si les hommes que nous sommes n’étaient pas conscients que demain existera et que nous pouvons, nous devons agir sur ce destin. Car ce devrait être le propre de l’Homme que de ne pas se laisser entraîner dans la dérive collective ; de finalement se contenter d’aboyer avec la meute, par manque de courage, de volonté d’honorer ses signes distinctifs tout en respectant son prochain.

Alors, aujourd’hui, plus qu’hier, peut-être est-il urgent de se demander où en est notre pays. A-t-il encore un avenir pérenne ? Peut-il encore garantir à ses enfants des rêves à partager ? Si à trop vouloir jouer, ici et là le donneur de leçons, il n’est pas passé à côté de l’essentiel à savoir garantir le meilleur aux siens, avant d’espérer croire être capable d’inventer le bonheur made in France que nous envierait la planète entière. Un pays à la politique quasi invisible qui oublie trop souvent que si la France est notre patrie, seule une véritable Europe économique et sociale serait notre avenir. Mais à la condition qu’elle ne devienne pas un fourre-tout, comme elle l’est aujourd’hui. Là, comme on le voit ailleurs, on se devrait de créer une division élite, aux côtés d’autres divisions capables de préparer à accéder justement au plus haut niveau. Que ce ne soit pas la géopolitique qui guide l’entrée dans l’Europe. Mais les qualités certes de stabilité et de liberté politique, mais aussi et surtout de valeurs économiques et sociales, de justice et de liberté individuelle… Avec la crise économique, que nous vivons, il serait propice de revoir les fondamentaux et règles anciennes. Sauf que rien ne dit si la France est encore bien placée pour contribuer à apporter, un nouveau souffle à cette Europe comateuse ?

 

Où est l’Homme ou la Femme providentiel…

 

Oui, qui pour nous éclairer, nous faire accepter cette vision des choses ? Comment envisager notre avenir, sans réformer nos mentalités, sans concevoir une véritable sagesse, seule parade pour éviter demain à notre pays de graves désillusions ?

Face à la montée des extrêmes, seule une politique ambitieuse et bien comprise par tous est capable d’apporter le consensus, d’éviter le pire. Ne peut-on pas espérer que se lève enfin une génération de femmes et d’hommes moins usés dans les combats d’hier et moins obnubilés par les héritages ; plus modestes, plus proches de nous.

Mais à moins d’inventer de nouvelles utopies mobilisatrices, comment parvenir à rassembler, à redonner le sourire et la foi en demain à des Français désabusés, des Européens recroquevillés sur leurs frontières imaginaires ?

La vérité est dans un nouveau rêve européen. Mais alors qui pour l’assumer, pour être à la hauteur de ce défi, simplement être capable d’avoir une vision claire de la géopolitique et des enjeux qui se trament en coulisse ? Qui pour que notre pays ne devienne pas une variable qui joue à pile ou face dans le débat mondial, mais demeure une constante grâce à la solidarité entre Européens ? Or, pour l’instant, on ne voit pas encore de grands leaders se lever. Où sont les Monnet, Schuman, de Gaulle, Mendès France, Churchill ? Qui pour avoir le courage de nous annoncer les choses difficiles, de ne pas craindre d’être impopulaire ? Le pouvoir est une responsabilité, pas un miroir trompeur de satisfaction pour soi-même, une liberté en action, pas la soumission à des entourages trop flatteurs. Qui pour savoir tirer les leçons des échecs passés ? Qui pour être capable de reconstituer au plus vite le tissu social en rassemblant tous les concours possibles par-delà les clivages ou fonds de commerces dépassés ? Le système a vieilli et fait trop la part belle au court terme, tous le claironnent, mais qui pour avoir le courage d’appliquer la réforme ? En 1986, avec la première cohabitation Jacques Chirac avait su créer un formidable espoir et pas seulement à droite. Mais aujourd’hui l’UMP est usé jusqu’à la corde et l’UDI quasi inexistant. Lionel Jospin en tant que Premier Ministre avait su incarner cette «Force tranquille» prédite à la Gauche. Mais le Parti socialiste, on le voit, hésite en permanence entre la culture du pouvoir et celle de l’opposition, entre «L’ambition et le remord», comme l’ont si bien développé, jadis Alain Bergounioux et Gérard Grunberg. Pourtant, aujourd’hui ils détiennent en France tous les pouvoirs. Mais à part faire du clientélisme, comme on le voit en Midi-Pyrénées, où sont les volontés de rassembler ? Et puis qui pour vraiment représenter les valeurs de gauche originelles, les sensibilités humanistes que l’on se doit de retrouver, ici plus qu’ailleurs ? Qui choisir entre des «Bobos» déguisés pour la circonstance ou des extrémistes qui prônent en permanence la rupture ?

 

Sommes-nous tous responsables ?

 

Mais le plus juste resterait d’être conscient que nous avons tous une part de responsabilité dans cette faillite collective. Car, ne l’oublions pas, nous sommes sur le terrain les premiers relais d’opinions et que de notre volonté d’agir dans le bon sens ou pas dépend l’avenir de notre pays et de celui de nos enfants. Les De Gaulle, les Mendès-France existent. A nous de vouloir les révéler…

Car les Français, c’est dans leurs gènes, ont une conception de la liberté qui privilégie généralement la résistance plus que la participation. Or il s’agit d’apprendre à œuvrer ensemble. Dès le XIXe siècle Tocqueville en avait eu le pressentiment et nous montrait la voie : «Ne nous trompons pas sur ce que nous devons entendre par notre indépendance. Il y a, en effet, une sorte de liberté corrompue dont l’usage est commun aux animaux comme à l’homme et qui consiste à faire tout ce qui plaît. Cette liberté est l’ennemie de toute autorité. Elle souffre impatiemment de toute règle. Avec elle, nous devenons inférieurs à nous-mêmes. Elle est l’ennemie de la vérité et de la paix…».

 

André-Gérôme GALLEGO

Direction ligne éditoriale

andreg@aol.com


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