Nicolas Lafforgue
Nicolas
Lafforgue
Ma semaine précaire

On essaie ?

Cette semaine, j’ai eu pas mal de réactions à propos de ma dernière chronique. Des réactions le plus souvent positives. Du genre «Ouais t’as bien raison Nico ! » Alors on fait quoi ? On s’y colle ? On essaie ? En vrai, ce n’est pas si compliqué de recentrer nos pratiques autour de nos propositions artistiques. Il suffit de s’y mettre et trouver des espaces d’expression libre où nous pourrions développer nos musiques, à savoir celles qui gravitent autour du rock n’roll. Ce qui sera compliqué, c’est sortir de nos vieilles habitudes de bistrot. Mais quand je parle de « bistrot » ce n’est pas pour nier ou minimiser l’importance majeure des différents troquets du monde entier pour les cultures alternatives. En aucun cas. Nos musiques se plaisent dans les bars. Quand je parle de sortir de nos vieilles habitudes de bistrot, c’est ne plus accepter d’être des animateurs pour soirées alcoolisées. Se contenter de servir de prétexte à la consommation au bar, c’est nier les heures de travail. C’est nier notre engagement. C’est nier que nous ne sommes pas des bandas, que nous sommes des artistes au service d’une culture. Jouer dans un café et proposer quelque chose de vrai, en refusant de jouer si les conditions optimales à notre création ne sont pas réunies, c’est commencer petit à petit à redécouvrir l’éducation populaire. Vouloir le silence. Vouloir une écoute et le respect afin de délivrer au mieux son message, c’est participer à la reconquête. C’est participer à cette éducation mutuelle entre l’artiste et le spectateur.

« Proposer quelque chose de vrai c’est commencer petit à petit à redécouvrir l’éducation populaire »

Nous ne serons que ce que nous ferons. Et jouer dans une salle qui n’est pas prête à essayer de recevoir ce que nous proposons, c’est ne plus être. C’est abandonner et jouer pour jouer. Aujourd’hui il n’y a plus d’argent dans nos économies alternatives. Nous ne jouons que pour continuer à respirer. Nous ne jouons que pour notre culture et notre engagement de départ, être un musicien, être un artiste et ne jamais baisser les yeux. Si tous ensemble, nous arrivons à sortir de l’unique divertissement et que nous arrivons à opérer la transition « client-spectateur » alors nous aurons enfin débloqué la situation. Nous aurons enfin la possibilité d’aller plus loin, de creuser et de partager pleinement l’expérience de la découverte artistique avec le public. Se découvrir, s’ouvrir le bide pour en sortir ce qu’il y a de meilleur, c’est pour ça que je chante, ce n’est en aucun pour entendre des « A POIL ! », même si ça me fait marrer, la plupart du temps. Un docteur argentin disait : « Tout part de la conception erronée de vouloir construire le socialisme avec les éléments du capitalisme sans réellement changer la signification. C’est ainsi qu’on arrive à un système hybride qui mène à une voie sans issue difficile à percevoir dans l’immédiat, mais qui oblige à de nouvelles concessions aux éléments économiques, c’est à dire un retour en arrière. » Penser construire, pour de bon, quelque chose de vrai artistiquement, sur les bases actuelles du divertissement et de cette économie construite sans les artistes c’est hurler dans le vide. Hurler dans le vide, ça fait mal à la gorge, ça fait pleurer de douleur, en aucun cas cela permet de changer quoi que ce soit.

 

 


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