Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Note d’évaluation: Fin de partie ?

Belle intuition de la philosophe Myriam Renault d’Allones, qui confirme avec son nouvel essai intitulé « La crise sans fin », son talent pour repérer les tendances qui traversent le monde. Après « L’homme compassionnel » (2008) et « Pourquoi nous n’aimons pas la démocratie » (2010), elle souligne combien la crise, en envahissant nos discours ne cesse de marquer l’actualité quotidienne : crise économique, crise à Notre-Dame des Landes et crise à l’UMP. La crise (tout azimuts quel que soit le domaine) est le prisme au travers duquel se pense l’actualité. Et d’affirmer que nous sommes entrés dans l’ère de l’indécidable, les démocraties devant fait face à la « dissolution des certitudes » apparaissant tant dans les effets paradoxaux de la mondialisation que dans les développements insaisissables du capitalisme financier, tant dans la division des partis pour se choisir un leader (de Royal-Aubry à Copé-Fillon) que pour tenter de trouver le « Graal » stoppant l’insécurité sociale.

A l’aune de cette philosophie du Politique, comment dès lors, interpréter la déchirure (de plus en plus profonde) de l’UMP comme les couacs du gouvernement ? Révèlent-ils un processus de décomposition qui affecte tout le spectre politique ? Telle est l’hypothèse que nous propose Christian SALMON, soulignant « qu’autour de la crise de l’UMP plane un air de fin de régime ; un certain régime du politique s’achève dont Nicolas SARKOZY serait l’épilogue ». Nous serions donc en train de vivre la fin d’un régime dans le sens politico-institutionnel-hyperprésidentialisme et affaiblissement des centre-pouvoirs- mais aussi une défiance et un désenchantement croissant vis-a-vis du et des politiques. Faut-il dès lors s’étonner de la grande et sourde colère du peuple de droite dégoûté de la lutte fratricide à laquelle se livrent les candidats à la Présidence de l’UMP dans désormais la longue attente d’une décision de justice après le retrait de JUPPE et l’irréductible haine -le mot est-il assez fort ? – entre COPE et FILLON. Faut-il pour autant « tourner la page du sarkozysme » (comme le souligne l’éditorialiste du Monde) et voir dans cette égalité des scores et dans la rupture qu’elle entraîne la raison et l’explication d’une division idéologique profonde au sein du parti conservateur qu’est l’UMP, et affirmer que Nicolas SARKOZY « n’est pas le grand gagnant de cette guerre fratricide, il en est la cause, lorsqu’il a franchi les bornes de la droite fréquentable » (deux brins de BUISSON pour un brin de GUAINO!). Faut-il pour autant, dans ce climat très « fin de IV° République (l’instabilité ministérielle en moins) conseiller à l’UMP (mais à qui à l’UMP en ce 26 Novembre 2012 ?) un inventaire des années SARKOZY et une redéfinition, au-delà des hommes, des valeurs communes qui ont constitué la charpente de l’UMP de 2002 à 2012 ? Mais cette crise du (et des) Politique touche aussi la gauche et le Chef de l’Etat qui décidément ne connaîtra pas une Présidence « normale » tout en rappelant que les socialistes sont porteurs d’une mutation modérée (« je pense que, pour la France, c’est mieux que ce soit la gauche qui fasse cette mutation, qu’elle la fasse par la négociation, dans la justice … »). Occasion de relire le philosophe Michel FOUCAULT, quand il affirmait en 1979 (deux ans avant l’arrivée de la gauche au pouvoir) : « il n’y a pas de gouvernementalité socialiste autonome … Le socialisme ne peut exercer le pouvoir que « branché » sur une rationalité qui n’est pas « socialiste » mais « libérale » voire « néo-libérale » et à ce moment-là, le socialisme et ses formes de rationalité jouent simplement le rôle de contrepoids, de correctif, de palliatif. » Pour Christian SALMON « la gauche subit une forme de d’occultation néo-libérale ». Décidément, l’imaginaire politique souffre de quelques vides : là est peut-être la clé des crises que nous traversons (crise sémantique aussi) pour changer d’imaginaire !

Dessein et avenir possible parce que, comme l’écrivait René CHAR, « nous vivons dans l’inconcevable mais avec des repères éblouissants. »

 

Stéphane Baumont

 

 


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