Philippe David
Philippe
David
L'esprit libre

Ni fleurs, ni couronnes…

« De la politique arabe de la France il reste surtout Barbes Rochechouart ». Ainsi parla Michel Jobert lors du déclenchement de la première guerre du Golfe, il y a maintenant un quart de siècle.

Il est vrai qu’il fût un temps où la France avait une politique étrangère. Une politique indépendante des blocs tout en étant solidement ancrée au camp occidental lors de la guerre froide. Une politique arabe également qui faisait de la France la protectrice naturelle des chrétiens d’Orient où lorsqu’elle prit la tête de la coalition s’opposant à la seconde guerre du Golfe en 2003.  Bref une politique étrangère équilibrée, indépendante qui lui valait le respect aux quatre coins du monde.

Cette période est bel et bien révolue. Du retour dans l’OTAN sous Sarkozy à la capitulation en rase campagne face au véto américain pour la livraison des Mistral à la Russie sous Hollande (conséquence pour partie du retour dans l’OTAN), la France n’a plus de politique étrangère.

« Notre pays aurait perdu toute crédibilité pour parler “droits de l’Homme” »

Il en va de même pour la politique arabe. Il y a trois ans, François Hollande voulait engager les forces françaises pour renverser Bachar al Assad, c’est à dire combattre aux côtés de Daech pour combattre un dictateur certes mais un dictateur infiniment moins sanguinaire que les bouchers de l’Etat Islamique qui décapitent, crucifient, violent, égorgent, massacrent à tour de bras chrétiens, yézidis, alaouïtes et tant d’autres. Obama a heureusement refusé d’engager les troupes américaines, ce qui a permis à nos forces de ne pas se retrouver parmi les alliés du diable et a sauvé l’honneur de notre pays qui aurait perdu toute crédibilité pour parler « droits de l’Homme » tout en étant le supplétif de Daech.

Trois ans plus tard, alors que l’Assemblée générale des Nations Unies se tient à New-York, la voix de la France est devenue inaudible nonobstant le discours de François Hollande à la tribune. Seuls comptent Obama et, surtout, Poutine. Le Maître du Kremlin a en effet particulièrement bien joué le coup en envoyant des troupes, fût-ce en nombre limité, sur place et en prenant l’initiative aux Nations Unies. De facto, la Russie se trouve aujourd’hui en première ligne pour tenter de résoudre la crise tandis que les USA n’ont plus que la diabolisation d’Assad comme politique à proposer. Pour ce qui est de la France, elle a disparu des écrans radar puisque sa politique étrangère est désormais morte et enterrée.


UN COMMENTAIRE SUR Ni fleurs, ni couronnes…

  1. Jules dit :

    On peut parler de l’intervention russe qui privilégie les bombardements sur les opposants à Bachar aux attaques contre l’Etat islamique ? La Russie défend Tartous, sa base et son accès aux mers chaudes plutôt que d’hypothétiques valeurs. Un peu de nuance donc dans votre appréciation de la situation et cessez de regarder Moscou avec les yeux de Chimène. La nostalgie gaullienne vous aveugle. Je ne défends pas la politique hésitante menée au Quai d’Orsay menée depuis des années face aux “printemps arabes”, je me garde simplement de voir dans l’intervention russe la solution à tous nos malheurs et dans le refus du Congrès américain une quelconque marque de clairvoyance.

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