Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Neil Armstrong, Jean-Luc Delarue: La Lune pleure

Il est des moments forts dans la composition des éléments de l’actualité quand les disparitions (Neil Armstrong et Jean-Luc Delarue) ou les décisions judiciaires (condamnation d’Anders Breivik pour assassinat d’une centaine de personnes en Norvège et de Lance Armstrong pour dopage) constituent les éléments structurant de l’opinion publique par ailleurs sollicitée par le retour des vacances, la canicule et sa chape de plomb et la situation du Premier ministre qui pense que «gouverner» est moins prévoir – en ces temps d’incertitude – que «se faire voir», l’immédiateté de la parole médiatisée devant donner l’illusion d’un pouvoir politique, «graal» de tous les Premiers ministres depuis la révision de 1962 donnant au Président la légitimité – donc «l’autoritas» et la «potestas» – que n’aura jamais le Chef du gouvernement

L’analyse des quatre points forts surmédiatisés permet de mieux savoir l’état de l’opinion publique : 1) La mort de Neil Armstrong, premier homme à avoir «alluné», mythifié de son vivant après la mission à très hauts risques qu’il avait conduite avec Aldrin et Collins, auteur d’un véritable exploit en menant à bien une opération qui montrait qu’il ne fallait pas en rester à «Tintin sur la Lune» ou aux poètes dont les vers interdisaient le pas de l’homme… La Lune a permis à l’homme de réaliser un rêve, elle a aussi permis aux Américains de gagner la guerre froide sur les Soviétiques et demain elle devrait permettre des voyages dans l’univers (sans la Lune, pas de conquête de Mars). Avec la disparition de Neil Armstrong s’écrit une nouvelle date dans l’histoire, celle d’une nation, imprégnée de volontarisme et de la confiance enthousiaste de Kennedy pour la «nouvelle frontière» 2) La mort de Jean-Luc Delarue faisant la une de toute la pression nationale pendant quarante-huit heures : «star cathodique d’une époque aussi clinquante qu’égocentrique» écrit le journaliste Guillaume Fraissard, le présentateur de «Ça se discute» fut l’un des animateurs les plus emblématiques du service public après avoir débuté dans la publicité. La sincère et forte émotion de l’opinion publique relayée par nombre d’émissions a été d’autant plus surmédiatisée qu’elle voyait une vraie et authentique «bête de télévision» disparaître, terrassée par un cancer qu’il avait rendu public, ne laissant décidément personne raconter sa vie à sa place. 3) La condamnation de Breivik, sous-médiatisée par rapport aux deux autres informations, permet à la Norvège de refermer l’une des pages les plus sombres de son histoire après avoir connu une enquête diligentée en un temps record, d’organiser un procès d’une ampleur extraordinaire laissant une large place aux dires et témoignages des survivants et à l’évocation des morts, maintenant ainsi un délicat équilibre entre l’horreur, la douleur et la vérité.

Voilà la réponse irréprochable de l’Etat de droit à la barbarie affichée de Breivik dont l’écrivain Richard Millet écrit dans son «Eloge littéraire d’A. Breivik» : «Breivik est sans doute ce que méritait la Norvège et ce qui attend nos sociétés qui ne cessent de s’aveugler pour mieux se renier, particulièrement la France et l’Angleterre ; loin d’être un ange exterminateur, ni une bête de l’apocalypse, il est tout à la fois bourreau et victime, symptôme et impossible remède. Il est l’impossible même dont la négativité s’est déchaînée, dans le ciel spirituel de l’Europe.» 4) La mise hors-jeu du septuple vainqueur du Tour de France, Lance Armstrong qui décide de renoncer à se défendre contre l’Agence américaine antidopage, anticipant ainsi la décision désormais inévitable de l’Union Cycliste Internationale : la déchéance de ses sept victoires sur le Tour de France. Voilà une nouvelle et triste démonstration, s’il en était besoin, d’un sport empoisonné et métastasé par le dopage qui devait conduire les acteurs à de nouvelles pratiques… mais la science de la performance et de la dissimulation des moyens pour y parvenir pourraient laisser éclater d’autres scandales dans tous les univers sportifs. En tout cas, l’épilogue est accablant pour Armstrong mais aussi pour le Tour de France au cœur de nos «mythologies».

C’est ce contexte chargé, autour duquel se prolongent témoignages et constats contribuant à une réalité sociétale, celle du «blues» de la rentrée notamment scolaire, économique et sociale que s’organise celle du Premier ministre qui a du mal à endosser le costume d’une République qui serait primo-ministérielle et dont la nature gaullo-mitterrandienne (pas de dyarchie au pouvoir) rend quelque peu difficile l’application politico-constitutionnelle de l’article 20 de la Constitution : «Le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation». «La médiatisation ayant tué l’action publique» selon le psychanalyste et écrivain Michel Schneider, «gouverner c’est se faire voir, un point c’est tout». Interprétation et règle que semble suivre le Premier ministre. Mais l’ultra-médiatisation et le volontarisme cathodique ne valent pas une vraie et concrète action politique à moins que la crise ne la rende impossible.

 

Stéphane Baumont


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.