Yoann Rault-Wita
Yoann
Rault-Wita
Militant pour les valeurs de droite

Moudenc, chronique d’un téméraire

 

« Jean-Luc Moudenc est élu Maire de Toulouse ! » Nougaro entendait encore l’écho de la voix de papa, en ce 4 avril c’est celle de Pierre Trautmann, doyen du conseil municipal, qui résonne encore en moi comme en chacun des nombreux toulousains présents ce jour-là. À cet instant, le temps se fige. Une fierté profonde se lit dans le regard de celui qui, après des années d’opposition et des mois de campagne, vient de reprendre le fauteuil qui fût jadis le sien. Ces instants sont rares en politique mais demeurent indélébiles.  Celui qu’on appelait il y a encore quelques heures l’ancien maire, devint à cet instant le nouveau, celui qui allait présider aux destinées de notre ville. Sur les bancs de la gauche, on se pince pour y croire. Chez les observateurs, on regarde cette scène que l’on n’imaginait guère. Il faut dire qu’ils ne l’avaient pas prédite, cette victoire, ou plutôt que le pouls des toulousains avait été mal pris. C’est dans ces visages rencontrés sur ces kilomètres de trottoirs, sur ces mètres carrés de marchés et durant ces heures de campagnes que je sentais, que nous sentions, que le verdict des urnes serait différent.

Cette gauche éloignée des réalités qui sous-estimait l’homme politique

Une claque. Je ne vois guère d’autre terme pour résumer le ressenti de la gauche toulousaine en ce soir du second-tour. Bercée par les sondages, ronronnant dans les fauteuils du Capitole, que nombre d’entre eux n’avaient pas quittés durant six ans, l’équipe Cohen avait déjà gagné avant le vote. Bien loin de vouloir faire l’inventaire de la gauche, je pense pouvoir dire que deux erreurs lui furent fatales.

D’une part, ils n’ont pas fait campagne, ou très peu. Difficile sûrement de retrouver le terrain délaissé pendant six ans, plus difficile encore de venir expliquer un bilan après avoir si peu dialogué durant le mandat. Cette gauche s’est étouffée toute seule sous les dorures du Capitole. Un véritable suicide politique. Ils pensaient que le pouvoir était acquis pour plusieurs mandats, mais les urnes ont été sans appel. Ils pensent encore qu’ils ont été victimes du contexte national, ils ne voient pas que c’est leur contexte interne qui les a mis sur la touche. D’autre part, ils ont fait preuve d’arrogance. Méprisants, ils l’ont certes été vis-à-vis de leur principal adversaire qui n’en attendait surement pas moins, mais ils l’ont aussi été vis-à-vis de ce qu’il est coutume d’appeler leurs partenaires politiques. Ce n’est pas pour rien que l’opposition actuelle est aujourd’hui si divisée.

Ces médias qui sous-estimaient l’homme

Loin de moi l’idée de vouloir accabler qui que ce soit, de pointer du doigt ceux qui ont eu un ressenti différent du résultat des urnes mais force est de constater que les observateurs, en dehors de l’entre-deux tours, n’auraient pas parié un kopeck sur cette victoire. Peu d’entre eux nous ont suivi sur le terrain, peu d’entre eux sont venus écouter les Toulousains, les sondages suffisaient mais aucun ne se demandait ce que pesaient réellement les sondages dans une élection de proximité. Combien de grands penseurs expliquaient que les Toulousains n’avaient que peu de choses à reprocher à la municipalité sortante et que dans cette ville de Gauche, Pierre Cohen serait réélu dans un fauteuil mais oubliaient que les Toulousains sont des êtres libres d’esprit, pragmatiques et loin des logiques partisanes lorsqu’il s’agit de choisir le premier magistrat de la ville ? Les observateurs méconnaissaient la personnalité de Moudenc. Ils le disaient incapable de se relever, mais il était présent dans tous les quartiers. Ils le disaient absent, ils ne le laissaient pas s’exprimer, ils le disaient seul, mais il préparait son armée. Ils le disaient perdant, mais il a prouvé qu’il pouvait gagner.

La victoire de Jean-Luc Moudenc est avant tout celle d’un homme contre un système, celle d’une façon de faire de la politique contre une manière de gérer le pouvoir, celle d’un homme rempli de valeurs contre celle d’un clan étranglé par ses principes.

Une nouvelle page s’ouvre pour Toulouse, et tout un chemin reste à construire pour ceux qui avaient déjà gagné. La Fontaine aurait pu en faire une fable, les Toulousains ont voulu en faire une réalité.


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