Thomas Simonian
Thomas
Simonian

Mises en bouche

Quelques images, quelques boutades, quelques émotions. Le secret des bandes-annonces des sorties ciné réside dans le subtil dosage des « quelques ». En dire assez pour donner envie, pas trop pour ne pas gâcher le plaisir. Un équilibre qui porte ses fruits, si, au moment du plan final, le spectateur reste rivé à l’écran, attendant la langue pendante de connaître la date de sortie du film. Double victoire, si après avoir rangé sa langue, il se tourne vers son partenaire de sortie ciné et déclare, enjoué, la phrase que tout cinéphile a pu prononcer : « Il faut absolument qu’on aille voir ce film ! ».

 

Mais pour atteindre un tel niveau d’engouement, encore faut-il respecter quelques règles élémentaires, souvent dépendantes du film qu’elles régissent.

Dans la bande annonce du film d’action, impossible de manquer les quelques scènes de combats/cascades/courses poursuites dans lesquelles le héros triomphe, la sueur au front. Car l’homme est fort, la voix off virilement rauque ne manque pas de le rappeler, entre deux explosions. La bande-annonce doit exploser, le spectateur doit suffoquer. Contrat rempli.

Une douce musique, des cheveux au vent, un gros plan sur un visage. La bande annonce du film d’auteur rappelle souvent la douceur d’un moment ou la tristesse d’un autre. Rien n’est dit, tout est évoqué. Seules quelques secondes suffisent pour sentir le poids du secret qui domine l’intrigue du film. Pourquoi cette fille pleure-t-elle ? Pourquoi cet homme crie-t-il ?

La bande annonce du dessin animé démarre souvent en trombe. Les instruments vrombissent, les lumières jaillissent de l’écran. On se prend vite à rêver d’un monde qui n’existe pas. Le narrateur évoque quelques péripéties. De petites phrases bien pensées s’incrustent entre deux plans : « L’aventure a déjà commencé ».

Une femme, un homme. On la voit seule, on le sent perdu. Et puis, au son d’une musique équivoque, la rencontre. La bande annonce de la comédie romantique est peut-être celle qui en montre le plus, puisqu’elle évoque trop le reste. Car on sait, même si des disputes vont naître de l’union amoureuse qu’on découvre partiellement, que les tourtereaux voleront in fine ensemble.

Que serait la bande annonce d’un film d’horreur, sans les hémoglobines dégoulinantes et les cris perçants ? Souvent, tout commence calmement. On hésite même à croire qu’il s’agit du genre horrifiant. Et puis, le sang se glace. La voix off, crispée, ne nous a pas menti.

Bandes-annonces, les mises en bouches des repas cinéma.

 

 

 


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