Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Mein Kampf, un livre encombrant

Il y a des occurrences dans l’actualité immédiate qui sont le fait d’une concordance des temps et qui, même traitées séparément, constituent des informations qui bousculent, au risque d’insulter la démocratie et d’empêcher le jeu politique de connaître autre chose qu’un dérèglement, qu’un dysfonctionnement avec l’encombrant héritage du ‘’Mein Kampf’’, le livre d’Adolf Hitler, qui va tomber dans le domaine public en 2016. Que faire donc de ‘’Mein Kampf’’, le livre le plus maudit de l’Histoire, qui va, 70 ans après la mort de son auteur, devenir libre de droits, c’est-à-dire sera à la disposition de qui voudra bien le publier ? Dès lors, d’autres questions se posent : Qui veut d’un texte pareil ? Doit-on le mettre en vente et le faire circuler ? Et si oui, comment ? Que faire d’un livre aussi encombrant ? Comme le souligne Jean-Luc Mélenchon « Qui a besoin de le lire ? Quelle utilité à faire connaître d’avantage les délires criminels qu’il affiche ? » Ou faut-il, comme le propose l’historien Henry Rousso, « exclure du champ de la connaissance et de la pensée ce qui relève du mal, faire comme si seule, la pensée du bien avait droit de cité ? » La meilleure réponse est justement d’en parler, notamment au grand public mais en l’entourant de précautions : ainsi une « édition papier accompagnée d’un appareil critique peut contrebalancer la lecture en ligne sauvage telle qu’elle se fait actuellement » souligne Christian Ingrao.

« La meilleure réponse est justement d’en parler »

Il faut surtout, comme le souligne l’historien des idées politiques, Pascal Ory, « aborder ces textes avec les armes de la démocratie libérale : l’analyse critique ». C’est celle-ci qu’il faudrait insuffler à la classe politique alors que le rejet du politique, le désenchantement de l’opinion publique, la démobilisation d’un certain électorat, le contexte de dégradation économique et sociale, le drame du chômage, la question migratoire, constituent le cocktail d’un paysage politique que la France n’a jamais connu : la colère est terrible, la désespérance est folle, souligne tout observateur objectif. L’exaspération est telle, souligne le député Thierry Solère, que tout et n’importe quoi la déclenche : « Maintenant c’est : je me fais flasher sur l’autoroute ? Je vote FN. Ma femme me trompe ? Je vote FN. Mon entreprise n’a pas de bons résultats ? Je vote FN. » Oui, la vie politique est plus que jamais marquée par un désarroi général. Comme le souligne le philosophe Robert Misrahi, « l’émergence du malheur n’est pas la conséquence de la démocratie mais l’expression de l’insuffisante application de ses principes ».

 

 

 

 


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