Patrick Aubin
Patrick
Aubin
Le contrepoint libéral

Manque à gagner ?

L’État manque tellement d’argent que les calculs d’apothicaire sortis de tableurs Excel aboutissent à prétendre que « l’État doit faire un gain sur le citoyen », ce dernier se devant d’accuser une perte ! Allons à la conclusion : le citoyen ne pourra jamais satisfaire un État qui boit sans soif ! L’État n’a d’existence que parce que des hommes acceptent de le conceptualiser comme les religions ont conceptualisé leur « dieu ». Dans sa mise en pratique, aucun État au monde ne ressemble à un autre. Ceci prouve que l’État est une fiction à géométrie variable. Les hommes politiques, au gré d’élections, modèlent un monstre imaginaire, avec un semblant d’utilité. Prenons un exemple concret. Une idée a germé à l’assemblée nationale avec une députée sensible au lobby des agences immobilières. Ces dernières se plaindraient que des sites internet favorisent les transactions immobilières entre particuliers. Ce qui serait une concurrence déloyale pour les professionnels de l’immobilier. Mais surtout, elle brandit un « manque à gagner » pour l’État lié au nombre réduit de transactions fiscalisées (les tableaux Excel ont même sorti un calcul de 312 millions).

« Inverser toute la logique de la démocratie représentative »

On pourrait en rire, sauf que la question a été sérieusement posée, visant à interdire aux particuliers d’effectuer des ventes immobilières par eux-mêmes. Oser dire que les particuliers font de la concurrence déloyale, c’est un peu comme si les mères de famille faisant le repas quotidien étaient coupables de concurrence déloyale envers les restaurateurs. Surtout, un député digne de ce nom, censé représenter le peuple et non les seuls agents immobiliers, devrait en premier lieu avoir le souci de réduire les charges inutiles pesant sur les citoyens, il me semble. Son souci devrait donc être la réduction du manque à gagner du peuple, ou tout ce qui peut y contribuer. Parler de manque à gagner de l’État, ce n’est rien de moins qu’inverser toute la logique de la démocratie représentative. On favorise les bureaucrates et les corporations – les « forts » – au lieu de veiller à l’intérêt du particulier – le « faible ». Le fait de taxer tant et plus le citoyen et l’entreprise est d’abord un manque à gagner pour l’économie réelle au sein de la société. Sortir de la crise de la dette passe d’abord par le respect du créateur de richesses en évitant toute rente, celle de l’État incluse. Comment ferait un ménage dans une situation de surendettement, c’est-à-dire de manque à gagner ? Forcerait-il ses employeurs à le payer plus ? Ou avant cette douteuse aventure, tenterait-il de réduire son train de vie ? Clairement, il ferait une croix sur toutes les dépenses non strictement nécessaires. À l’État d’apprendre la vertu en se passant des citoyens.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.