Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Mandela, l’icône

Nelson Mandela, premier Président de la République sud-africaine élu démocratiquement est mort le 5 Décembre à l’âge de 95 ans. Depuis, toute l’actualité tourne autour de cette disparition et l’émotion planétaire est à la mesure des hommages et des commentaires : « l’un des hommes les plus influents, les plus courageux et l’un des êtres humains les plus profondément bons sur cette terre » pour B. Obama ; « Merci de nous avoir donné N. Mandela » pour l’ex-Archevêque du Cap Desmond Tutu ; « Il a été l’incarnation de la nation sud-africaine, le ciment de son unité et la fierté de toute l’Afrique » pour le Président Hollande. Chez les chroniqueurs, c’est le mot « icône » qui revient le plus souvent avec un bilan étonnant déjà décliné comme l’Histoire : faire tomber l’apartheid, près d’une trentaine d’années en prison en refusant les offres de libération, pas un mot de haine ou de vengeance, porteur d’un esprit de concorde qui allait permettre à l’Afrique du Sud d’effacer la honte et d’entrer dans l’avenir. Et de rappeler la philosophie d’une action puisée à l’aune du parcours de Gandhi et « l’héritage Mandela » dans la géopolitique immédiatement contemporaine : de Mandela à Skharov et à Havel, des « révolutions de couleurs dans l’ex-URSS » aux début du « Printemps arabe », la filiation semble évidente, encore plus lorsqu’une autre icône en Birmanie, Aung San Suu Kyi et le Dalaï-Lama montrent que l’histoire ne s’arrête pas au moment de l’héritage mais que celui-ci perdure avec la non-violence et la réconciliation comme porte-drapeaux avec l’espoir qu’un autre héros, le Prix Nobel de la paix Liu Xiaobo, sera demain le « Mandela » de la Chine. Oui, il est probable comme l’écrit Patrice Claude (Le Monde du  7/12) que N. Mandela « sera pour l’Afrique ce qu’Abraham Lincoln fut pour l’Amérique du Nord ou Simon Bolivar pour celle du sud, un libérateur. »

C’est dans ce contexte que surgit l’opération de la prostate (en 2011, du presque – candidat Hollande) suscitant d’autant plus les interrogations que le Général de Gaule et F. Mitterrand la subirent alors qu’ils étaient des Présidents en exercice, que la santé des chefs d’États n’est pas constitutionnalisée et que les souffrances de F. Mitterrand sont restées bien ancrées dans l’inconscient collectif.

C’est dans ce contexte d’interrogations que l’Express titre – politiquement – « Sa dernière chance » en rappelant successivement ce que sont les « cinq cartouches » du Président (« Le petit mieux côté chômage, le changement d’équipes, la montée en puissance du CICE, la carte diplomatique et un allié objectif, le FN »), ses cinq ennemis (« Lui-même, Angela Merkel, la gauche infantile, la droite insurrectionnelle, François Bayrou »), ses cinq boulets (« la réduction des dépenses publiques, la remise à plat de la fiscalité, l’impuissance face aux plans sociaux, Harlem Désir, des Verts encombrants »). Faut-il donc face à un éventuel « grand air » qui nous mènerait au populisme continuer sur la voie difficile du « redressement » avec les fameuses réformes structurelles urgentes qui « rendront supportable » l’ajustement en cours (faire baisser les prix de l’immobilier, restructurer l’empilement des collectivités locales, consacrer la mécanique des transferts sociaux sur les plus pauvres, laisser plus de liberté aux entreprises dans le dialogue social qu’elles instituent).

Mais les tentatives de redressement sont-elles réalisables alors que l’impopularité est là, provoquant une défiance vis-à-vis du Président et du Premier ministre les empêchant, pour le moment, de réaliser un nouveau contrat de confiance avec les Français.

 

 Stéphane Baumont


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