Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

L’utopie européenne

Plutôt que de commenter l’opinion d’un expert militaire soulignant qu’il suffirait à Daech « d’une cascade de défaites pour renverser le cours des choses et les alliances sur le terrain », il paraît utile de passer en revue les propositions de solutions concrètes d’intellectuels européens. C’est ainsi que nous pourrons repenser la crise des réfugiés afin de passer du réflexe de la compassion-émotion à la réflexion. Comme posture moralisatrice peut se révéler démobilisatrice, retenir quelques unes des idées des intellectuels c’est pouvoir ensuite interpeller sans démagogie les opinions. Passer du réflexe à la réflexion c’est privilégier la raison éthique sur la raison d’Etat, c’est montrer aussi une invitation à repenser autrement l’utopie européenne. Ainsi pour le philosophe slovène S. Zizek « les migrations de vaste ampleur sont notre avenir et ce sera soit un tel engagement soit la barbarie… Nécessité d’inventer un nouveau type d’intervention internationale pour éviter les écueils du néo-capitalisme ». Le philosophe allemand J. Habermas écrit : « L’Europe, en face de ce désaccord insurmontable devant le défi politique et moral que constitue la crise migratoire, ne doit pas échouer et en être abimée sur le long terme… La France et l’Allemagne doivent montrer qu’il existe un noyau dur européen capable d’agir et d’aller de l’avant en toute unité ».

« Ne pas oublier les lourdes leçons de l’Histoire »

Pour l’écrivain et poète Erri de Luca, « face à cette détermination inexorable de masses humaines en marche, on ne peut que prononcer le mot de bienvenue… L’Europe est seule face aux guerres de la Méditerranée, elle ne décide pas de choisir les vainqueurs, elle attend que le pire gagne pour conclure de nouvelles affaires… Mais les barbelés, les filets, les enclos c’est pour la volaille pas pour l’espèce humaine ». De son côté Robert Badinter, ancien président du Conseil constitutionnel écrit : « La France doit engager une politique plus volontariste pour accueillir et accompagner dignement les migrants qui méritent notre protection. La solidarité est une des valeurs fondatrices de la République. » Voilà quelques réflexions sur lesquelles les gouvernants doivent porter leur attention et en faire les dénominateurs d’un engagement commun parce qu’il est une idée qui relie toutes ces réflexions : les réfugiés d’aujourd’hui ravivent « l’utopie européenne ». C’est le moment de ne pas oublier les lourdes leçons de l’Histoire et de constater qu’il faut faire de chacun des titres des livres de Finkielkraut un engagement : “L’humanité perdue”, “L’ingratitude”, “Une voix vient de l’autre rive”.


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