DorianDreuil
Dorian
DREUIL
Conseil d'administration Action contre la faim. Délégué à la vie associative.

L’ONG stratège

« Le but de tout est d’évoluer » écrivait le toulousain Bernard Werber. Le système humanitaire n’a d’ailleurs cessé de se transformer, toujours en réponse aux crises de l’Histoire auxquelles il a dû répondre, c’est dans son ADN. De la tradition de la charité chrétienne et la zakat dans l’islam ; au conflit du Biafra qui a vu naître le sans-frontiérisme et l’avènement des french doctors ; en passant par l’après-première guerre mondiale, où Save the Children a été créée. L’humanitaire du 21ème siècle est à la croisée des chemins, face à de nombreux défis. Aujourd’hui, les ONG interviennent sur plusieurs théâtres d’opérations majeures de manière simultanée. Un contexte multi-crises qui semble devenir la règle et non plus l’exception. Oui, le monde change et avec lui naissent de nouveaux conflits, de nouvelles catastrophes auxquelles les associations ne sont ni habituées ni préparées. Pour faire face à ce nouveau monde, l’humanitaire doit disposer des outils nécessaires pour le comprendre et anticiper ses mutations. Par sa mission, soulager la souffrance de ceux qu’on oublie peu à peu ; par sa fonction, sauver des vies et changer les esprits : la transformation s’impose.Pour le prospectiviste Gaston Berger, « regarder l’avenir bouleverse le présent ». Michel Maietta, chercheur associé à l’IRIS et directeur de la stratégie d’Action contre la faim le rappelle : « l’humanitaire des french doctors arrive à ses limites, il nous faut innover, il nous faut bouleverser !».

« Sur l’échiquier humanitaire d’aujourd’hui, l’ONG sera stratège ou ne sera pas. »

Pour répondre à ces nouvelles crises, des organisations comme Save the Children et Action contre la faim s’associent avec des think tank comme l’IRIS et développent des réseaux d’analystes régionaux. C’est l’affirmation d’une tendance émergente du secteur humanitaire à développer une intelligence stratégique. En utilisant notamment des techniques d’analyse structurelle, morphologique ou quantitative pour interpréter des phénomènes complexes et anticiper les futurs possibles. Ce qui se traduit par la production de scénarii à court, moyen ou long terme sur un pays, une région ou une crise particulière. Des scénarii utiles à tous les niveaux de l’ONG et de manière transversale : des opérations aux ressources humaines en passant par les finances et le plaidoyer jusqu’aux décideurs. C’est la clé indispensable pour entrer dans la solidarité internationale de notre siècle. Le meilleur exemple de leur utilisation fut le cas de l’épidémie Ebola qui a permis d’établir des prévisions de vulnérabilité, de mettre en évidence le lien entre la faim et l’épidémie dans les pays touchés par la crise. Ebola fait alors figure de cas d’espèce et montre la valeur ajoutée de l’analyse et de la stratégie sur le terrain. Connaître l’impact du virus sur la sécurité alimentaire a ainsi permis de pré positionner l’aide et les équipes nécessaires dans les zones qui étaient susceptibles d’être plus durement touchées.

Il ne s’agit ni plus ni moins d’une nouvelle compétence, celle d’analyste, ajoutée à la palette déjà vaste des métiers au service de l’humanitaire. L’intelligence stratégique est aujourd’hui une étape innovante et indispensable. Sur l’échiquier humanitaire d’aujourd’hui, à fortiori de demain, l’ONG sera stratège ou ne sera pas.

 

 


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