Robert Redeker
Robert
Redeker

L’illusion référendaire

À première vue, la notion de référendum paraît l’amie de la démocratie. N’est-ce pas cependant une évidence trompeuse ?

Les raisons qui poussent lors d’un référendum un électeur à voter « oui » ou à voter « non »  sont tout sauf claires. L’objet de la question y joue toujours le rôle du bouc émissaire. Toutes les rancœurs, toutes les colères, toutes les passions tristes, toutes les exaspérations, se reportent sur lui, empêchant le choix d’être raisonné. Lors d’un référendum comme celui qui vient de se dérouler au Royaume-Uni, les partisans du « oui » autant que ceux du « non » ont participé à une séance d’exorcisme collectif qui s’inscrit plus dans l’ordre du magico-religieux que de la rationalité politique.

« La démocratie est un gouvernement pour un peuple de dieux », disait Rousseau en pensant à la démocratie directe. Cette remarque s’applique à merveille à l’idée de référendum. Oui, le référendum devrait être réservé à un peuple de dieux, c’est-à-dire d’êtres ne faisant entrer dans leur option ni leurs intérêts personnels, ni leurs passions de l’heure, ni rien de tout ce qui aveugle la pensée. À l’instant d’engager l’avenir du corps politique, il faut, pour décider, pouvoir se dépouiller du côté « humain, trop humain » qui affecte chaque citoyen.

« Seul un consensus aussi fort qu’un contrat social peut souder la collectivité »

Le vote est divin en ceci : il exige une ascèse par laquelle l’électeur se détache de son “ici et maintenant” concret. Or, à cause du caractère binaire et tranché de ses questions, le référendum est la pratique politique qui permet le moins l’expression de cette dimension ascétique du citoyen.

La question se pose : quelle est la valeur d‘un référendum où tout se décide à 52-48 ? 4% des votants, soit autour de 2% des inscrits, font pencher la balance d’un côté ou de l’autre. 52% peuvent-ils décider pour tous ? Engager le sort de tous ? 52% est un résultat qui ne résout rien. 52-48 est un score de guerre civile ! Sur une question aussi décisive que l’appartenance à l’U.E, seul un consensus aussi fort qu’un contrat social peut souder la collectivité et assurer la paix civile. Pourra-t-on accepter, lors des prochains référendums sur l’indépendance de la Catalogne et de l’Écosse, que 52 ou 55% décident pour tous de la séparation d’avec la mère patrie ?

De fait, les référendums brisent la démocratie à chaque fois que, sur une question concernant la vie historique d’une nation, ils risquent un résultat serré. Dans ce cas, le résultat n’exprime ni la voix ni la décision du peuple, mais seulement celle de la (courte) majorité. Ce qui est très différent.

 

 

 


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