Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

L’Europe égoïste

Avec la crise grecque, ses rebondissements, le talent stratégique et tactique du Premier ministre, spécialiste désormais reconnu d’une forme remarquable de rhétorique argumentative, un certain nombre de politiques et de chroniqueurs se posent la question de savoir – avec en plus la question lancinante des migrants – ce qu’il reste de l’Union européenne et si l’égoïsme du « vieux continent » a eu raison de ses idéaux fondatrices. A voir le spectacle que donne cette Union aujourd’hui, on se demande si les douze étoiles de son drapeau qui symbolisent « l’unité, la solidarité, et l’harmonie » ne sont pas « mortes » avec le pathétique et condamnable étalage des égoïsmes nationaux face aux questions des migrants et de la Grèce. Celles-ci montrent un triple échec aux conséquences dramatiques, selon le Professeur Bertrand BADIE :

1/ L’Europe a raté son entrée dans la mondialisation, elle souffre d’une vieille pathologie liée à sa vision autocentrée, elle garde des réflexes de forteresse assiégée ;

2/ Un défaut criant de démocratie parce qu’on vote au niveau des nations mais on décide au niveau de Bruxelles ;

3/ L’Europe achoppe sur un point capital : celui de la solidarité.

Elle ressemble plus à une association qu’à un corps solidaire. Autant d’échecs qui font de l’Europe le bouc émissaire idéal des problèmes non réglés : « L’austérité, le chômage, la baisse de mes revenus, c’est la faute de l’Europe ». D’ailleurs comble du paradoxe de l’expression contestatrice, les mobilisations fortes se font hors des circuits européens (peu de cortèges à Bruxelles ou sous les fenêtres de la Commission) à travers les mouvements altermondialistes très critiques à l’égard de la construction européenne.

 

On peut imaginer, trois scénarios de crise :

1/ Le scénario catastrophe, le Grexit entrainant une chute de l’euro, une remontée des taux d’intérêt, un effondrement de l’économie européenne, l’impératif d’une reconstruction sur des bases nouvelles.

2/ L’alternative proposée par Syriza séduit les électeurs de sept ou huit pays permettant à une nouvelle majorité de s’installer au Conseil européen ;

3/ Si l’Europe du Nord consent à un ajustement de la politique économique en prenant enfin en compte les voix qui réclament un assouplissement de l’austérité (Obama se fait l’avocat discret de la Grèce ; Tsipras rencontre Poutine).

Tout ou presque dépend de la volonté politique, au sein de l’eurozone, de continuer à aider la Grèce. Comme le souligne Bertrand Badie « le principe de fonctionnement de l’espace mondialisé n’est plus la juxtaposition des souverainetés mais l’interdépendance. Une Europe affaiblie est bonne pour tout le monde mais une Europe qui s’effondre est une mauvaise nouvelle pour tous. Une aggravation de l’instabilité européenne pourrait aussi entrainer des réflexes régulateurs. Les grandes puissances de la mondialisation portent mieux les logiques d’interdépendance que les Européens parce qu’elles en ont mieux compris les avantages, en particulier, économiques ». Face à la crise de l’Europe que nous traversons le choix est déjà entre les populismes qui se congratulent sur le dos des démocraties « paralysées » par les … référendums et une nouvelle démocratie, celle des « peuples-citoyens » entendus et non celle trop « dictatoriale » des experts-gouvernants faisant fi de la volonté des peuples ; le choix est entre moins d’Europe et plus d’Europe ; entre la réalité d’une nouvelle construction (« L’Europe des Neuf ») et la déconstruction fatale malgré Maastricht, malgré Lisbonne. L’été comme 2015 promettent d’être chauds !


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