Robert Redeker
Robert
Redeker

L’Euro de football et l’argent-spectacle.

Chacun s’indigne des salaires versés aux joueurs de football. Or, cet argent footballistique n’est ni le même argent que celui qui dort dans l’armoire d’une grand-mère, ni le même que celui reçu par les gens ordinaires comme salaire pour leur travail. C’est un argent qui, en amont comme en aval, ne renvoie à aucune valeur d’usage. C’est un argent sans rapport avec le monde réel, un argent en apesanteur. L’argent du sport atteint de telles sommes qu’il n’est que pure abstraction.

Dans le football, on parle avant tout d’argent : on vend et achète les joueurs comme des marchandises hors de prix, on sait que la valeur sportive d’une équipe sera indexée sur sa valeur financière (à la fin, ce sont toujours les plus riches qui gagnent). Le PSG, et pas le Gazelec d’Ajaccio ! Dans ce sport, la non-éthique s’impose. Pour preuve : comment accepter qu’il y ait un “mercato”, c’est-à-dire un marché, où les joueurs se vendent et s’achètent comme autrefois les esclaves ? Il faut que la faculté de juger collective ait été bien dégradée par les industries du divertissement pour trouver cela normal.

« A la fin, ce sont toujours les plus riches qui gagnent »

Le foot travaille à la starification de l’argent. Par son truchement, l’argent à son tour est devenu un spectacle. L’argent ne se cache plus, il se donne en exhibition. Certains parlent d’argent fou, d’économie-casino. Ces propos manquent la vérité du phénomène : le passage de l’argent dans la sphère du spectacle, où il épouse le sport. Argent et foot, ou sport-business, constituent deux facettes de la même réalité : le spectacle. Le spectacle permanent, à flux tendu, à jet continu.

Notre époque est la première dans l’histoire où l’argent en tant que tel, l’argent se refermant en cercle sur lui-même (ce côté narcissique qui le rend spéculatif), c’est-à-dire l’argent coupé de toute valeur d’usage, de tout travail et de toute production, de tout monde réel, est devenu un spectacle. La crise financière est ainsi un spectacle à rebondissements qui s’offre à la vue de tous à la télévision.

Derrière l’Euro, c’est l’argent pour l’argent qui est mis en scène, l’argent centré lui-même, l’argent égotique ; tout est présenté comme si l’argent avait un ego, ou était un ego, ou était l’ego de ceux qui, tels les joueurs de football, ont fini par entrer en fusion avec lui. La nouvelle et vraie star du foot, parce que sport-spectacle est devenu parallèlement le spectacle de l’argent comme abstraction absolue, ce n’est ni Ronaldo ni Griezmann, c’est l’argent.

 

 


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