Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

L’esprit du 11 Janvier

Alors que Laurent Cohen-Tanugi se demande dans son dernier livre « What’s wrong with France » ce qui ne tourne pas rond chez nous au-delà des réponses superficielles, sur la faiblesse de la croissance, l’incapacité à réduire le chômage, la dévalorisation et la désacralisation de la fonction présidentielle, la décomposition du paysage politique, le malaise social et la montée des populismes. Alors que l’historien Benjamin Stora souligne que « la bataille principale à mener est culturelle » et que « l’individualisme a détruit la citoyenneté, le sens collectif ». Alors que Marcel Gauchet nous appelle « à parler avec les musulmans », d’aucuns – parmi les analystes et chroniqueurs – se demandent si notre vie politique ne connaîtrait pas un nouveau référent : « l’esprit du 11 Janvier ». Autant qu’aux « forces de l’esprit » d’un Mitterrand mourant, mais présentant des derniers vœux, c’est à la force de l’événement soudain, imprévu et brutal, de l’équipée meurtrière de djihadistes de banlieue que vient de « naître » un « Hollande nouveau » habitant le costume gaullien du Président de la 5ème République , farouchement attaché au fameux et non-constitutionnalisé « domaine réservé » (affaires étrangères et défense nationale) auquel il faut ajouter une interprétation présidentielle plus que parlementaire des institutions. Voilà donc le président faisant face à l’épreuve et donnant le sentiment de maîtriser l’événement, autant que sa communication. Il aurait même affirmé : « Certains me prenaient pour un charlot, ils me soutiendront en tant que Charlie ».

« Le discrédit présidentiel, la faiblesse de la gauche et la poussée de l’extrême-droite » 

Manuel Valls a su, par son discours, donner force et vigueur à un substantif « République» et à un adjectif « républicain », une force et une sacralité que leur « BFMisation » semblait avoir définitivement emportées. Alors quid de l’avenir – en tous cas politique – de « l’esprit du 11 Janvier », de la mémoire des attentats et de la « marche républicaine » ? À regarder le paysage on constatera – notamment avec le fin analyste G. Courtois – que ce paysage reste dominé « par le discrédit présidentiel, la faiblesse de la gauche et la poussée de l’extrême-droite ». En lissant la synthèse des sondages entre le 8 et le 22 janvier, on constate que F. Hollande ne progresse que d’une douzaine de points et enregistre 32% de bonnes opinions contre 66% de mauvaises. Il est donc loin, malgré « l’esprit du 11 Janvier » d’avoir regagné la confiance des électeurs. L’impuissance face au chômage (3,5 millions de chômeurs), les élections départementales – pour qui voter ? pour quoi voter si le département est condamné ? – qui ne se présentent pas très bien n’ont pas empêché le président de lancer lors de sa conférence de presse le message clé – et répété tout janvier – « de l’unité de la République et du peuple français » et de se concentrer sur les « dossiers régaliens » pour solidifier son assise politique et insister, comme une antienne sur « la défense des valeurs républicaines » en faisant perdurer l’événement de la mi-quinquennat : le fameux et désormais historique « Esprit du 11 Janvier ».

 

 

 


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