Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

L’espoir quand même

Au moment où les Français commencent à expérimenter à nouveau, comme chaque année, comme chaque été (de préférence sous la canicule), le jeu du chassé-croisé autoroutier d’une géographie presque surannée, François Hollande surprend l’ensemble de la classe médiatique en l’invitant à un dîner privé où la parole, comme le commentaire, sont toujours autant publics. A nouvelle méthode de communication (performance à la Obama ?) correspond peut-être une volonté de communiquer enfin autrement en tentant de remonter une cote de popularité qui continue à traduire la défiance des Français envers le Chef de l’État et l’incapacité de ce dernier à conduire une contre-offensive qui donne quelques résultats avant une rentrée sociale qui pourrait s’avérer chaude. D’autant plus que les Français ont le blues et figurent parmi les Européens les plus pessimistes pour eux-mêmes comme pour l’avenir de leur pays. Les raisons sont certes nombreuses : entrée de la France en récession, dette publique très élevée, 5 millions d’inscrits au Pôle Emploi, désindustrialisation continue, déflation presque reconnue. Faut-il suivre ceux qui pensent que ce pessimisme national est excessif et suivre François Hollande quand il nous annonce le 14 Juillet que « la reprise est là » ? (Le président du groupe écologiste au Sénat, Jean-Vincent Placé, n’hésitant pas à déclarer : « sur la reprise, c’est peut-être l’effet du soleil ou de l’optimisme bien connu du Président de la République »). Faut-il donc suivre Nicolas Baverez quand il souligne que « jamais, depuis la fin de la IV° République, la France n’a jamais été aussi affaiblie, aussi divisée au plan intérieur, aussi discréditée au plan international. Au plan économique, le choc fiscal de près de 100 milliards d’impôts levés depuis 2010 est en passe de plonger l’économie dans la déflation avec la perspective d’une croissance nulle pour la décennie 2010. » Et Nicolas Baverez d’ajouter «que, à l’instar d’un de Gaulle à Londres, il faut aujourd’hui avoir l’espoir, c’est-à-dire une certaine idée de la France, qui doit rester vivant dans le cœur et l’esprit, les initiatives et les actes de chaque Français. »

Comment donc sortir de cette situation, voire de cette impasse ? C’est bien entendu par des succès attendus dans la lutte contre le chômage qui permettrait de renouer avec la confiance. Comme le soulignent certains observateurs, la France n’est pas inévitablement condamnée au pire. Pour cinq raisons : 1) La mondialisation peut changer de chemin, parce qu’on peut espérer la réguler, mieux qu’on ne l’a fait depuis trente ans ; 2) Pour reprendre un vieux slogan, « on a pas de pétrole, mais on peut avoir des idées » (bien engager la fameuse transition énergétique) ; 3) L’Europe n’est pas condamnée à la récession ni à la déflation avec une architecture plus rationnelle de la zone euro ; 4) La France a des atouts à faire valoir notamment par ses jeunes, ses chercheurs, son école, son économie high-tech, son système de santé, sa culture, ses institutions ; 5) La France, puissance moyenne selon VGE en 1974, doit néanmoins être convaincue que le titre d’un livre paru dans l’entre-deux guerres de Friedrich Sieburg « Dieu est-il Français ? » pourrait servir de slogan à ceux qui, dans la société civile, comme dans la classe politique, ont envie que le volontarisme et l’optimisme ne soient pas des postures communicationnelles mais des éléments structurants d’une « real politik » permettant la respiration républicaine d’une démocratie existentielle où l’éradication progressive du chômage permette enfin d’ouvrir l’histoire à celles et ceux qui n’en ayant plus, sont attirés par les populismes dangereux ou la violence éventuellement insurrectionnelle. A celles et ceux qui ont oublié, dans le confort d’un certain mode médiatique et politique, que la politique est tragique, le pessimisme et ses traductions dans le pays et sur le terrain pourraient annoncer après la sinistrose, des lendemains beaucoup plus sombres et dangereux pour la santé d’une démocratie déjà bien fatiguée.

 

Stéphane Baumont


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