Marc Sztulman
Marc
Sztulman
Un Toulousain concerné

Les sirènes des municipales…

Telles les sirènes sur le bateau d’Ulysse, un mythe hante Toulouse, le mythe du « toujours plus ». Fils de la campagne électorale, il se matérialise dans les programmes de certains prétendants, dont la seule réponse aux problèmes et enjeux de Toulouse tient en un dogme : l’accumulation est la solution. Et même la sécurité n’échappe pas à ce chant des sirènes, notamment pour la vidéosurveillance. En effet, présentée avec beaucoup d’aplomb et peu de réflexion comme une nouvelle panacée aux problèmes de société, la généralisation de la vidéosurveillance serait une solution miracle, voire même la réponse sécuritaire parfaite. Et si la vidéosurveillance est nécessaire, sa généralisation outrancière est contre-productive. D’ailleurs, dans les discours de certains candidats son importance est telle qu’il faille la multiplier, 100, 200, 300, 500, et pourquoi pas 5000 dispositifs ? Avant tout, ces déclarations aussi séduisantes soient-elles, tiennent davantage de la croyance que de la science, le recours à un chiffre rond indiquant que ces déclarations relèvent plus du slogan facile que de l’étude pratique. Quant à la dénomination même de vidéo-protection, cette expression, à l’instar des sirènes pour Ulysse, voile la réalité. Comment une caméra peut-elle protéger la victime d’une agression ? En l’équipant d’une arme ? Heureusement les mots ont un sens et si une caméra surveille, elle ne protège guère… Mais au-delà des questions de vocabulaire, il nous faut constater que la vidéosurveillance généralisée conduit à un certain nombre d’effets négatifs. L’effet le plus connu est -pour l’individu filmé en permanence sur la voie publique- la disparition de sa vie privée. Pour certains prétendants, cette disparition est anecdotique alors qu’elle est en réalité fondamentale. Car la vie privée garantit à l’individu une sphère d’autonomie, comme Pénélope profitant de l’obscurité de la nuit pour défaire son travail du jour. Désormais les prétendants espèrent la regarder en permanence… Alors si pour ces mêmes prétendants, abdiquer des libertés pour de la sécurité ne pose aucun problème, faut-il encore que cette sécurité ne soit pas illusoire. Car, au-delà du spectre de Big Brother, la généralisation des caméras ne fait pas disparaître la criminalité, elle la déplace à des zones sans caméra ; pire encore elle rend les crimes violents. En effet, la mise en place de système de vidéo-protection repose sur une idée simple : se sachant surveiller, l’individu va adapter son comportement ; en permanence surveillé, le délinquant renoncerait à commettre son acte. Le seul problème c’est qu’en pratique, comme Ulysse déguisé en mendiant pour rentrer à Ithaque, la personne s’adapte à la surveillance. Dès lors, le délinquant ne renonce pas à son infraction, il en modifie les modalités d’exécution. Pris par le temps, au lieu d’intimider il frappe, au lieu de bousculer il sort une arme, au lieu de sortir une arme… C’est pour ces raisons que la généralisation de la vidéosurveillance est une aberration en termes de sécurité publique. Si dans certaines hypothèses (lieux fermés…) elle peut se montrer efficace, sa généralisation sur la voie publique n’est pas seulement inefficace, elle est aussi contre-productive, car conduisant à des actes plus violents. Enfin, un dernier point essentiel, concernant le budget nécessaire aux caméras. Dans la logique de ceux qui prônent leur généralisation, il faut un agent pour visualiser en permanence les vidéos. S’il est possible pour un agent de visualiser simultanément 10 caméras, pour 300 caméras de surveillance, il faut donc y assigner environ 150 agents (chaque agent travaillant 35 heures par semaine, et les caméras tournant 24 h/24). Autant d’agents qui ne seront pas présents sur la voie publique. Ainsi, la généralisation de la vidéo surveillance est non seulement inefficace et contre-productive, mais elle est aussi financièrement très lourde pour la collectivité, pour de faibles résultats. Ainsi, chaque époque à ses sirènes qui aussi séduisantes soient-elles n’en restent pas pour autant moins dangereuses…

Colistier de Pierre Cohen

@msztulman


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