Thomas Simonian
Thomas
Simonian

Les Privilégiés de la République

Alors que l’actualité gouvernementale nous promet de revoir le montant des allocations familiales, la question se pose du statut de nos hauts fonctionnaires. En fait seraient-ils parmi les privilégiés hors normes d’une république dont chaque jour un peu plus on peut raisonnablement se demander si elle est bien digne de porter ce nom.

En effet, depuis plus de deux siècles, la question reste de savoir si la France n’abriterait-elle pas une nouvelle noblesse d’Etat ? Oui, depuis la nuit du 4 août 1789, lorsque nobles et ecclésiastiques renonçaient aux privilèges liés à leur ordre pour devenir des citoyens comme les autres, la République n’aurait-elle pas créé sa propre noblesse, constituée, de fait, de ses fameux hauts fonctionnaires aux pouvoirs hors normes ?

Aujourd’hui ils sont 17.000 super privilégiés et pour leur plus grande majorité, tous issus des grands corps de l’administration. Oui, une noblesse d’Etat qui se serait arrogée, au fil du temps, au fil des siècles même, des privilèges que l’on croyait d’un autre temps, d’une autre époque ? Oui, comment expliquer les salaires astronomiques et les avantages concoctés à l’attention d’une seule catégorie de Français ?

 

Ils ne sont pas les seuls ?

 

Mais me direz-vous, toutes les professions ou presque ont leurs privilèges et privilégiés. Voyez le statut des journalistes, des enseignants, des employés de l’EDF, Gaz de France, SNCF et autres, des mairies de grandes villes, le train de vie et émoluments des Présidents des Départements, des Régions, des CCI, sans oublier les Elus et même quelques privilégiés à EADS, Airbus voire Air France… etc. Faudrait-il tous les supprimer ? Non, car ils ont la plupart du temps leur justification et sont aussi, ne l’oublions pas, la résonance légale d’élections comme d’avantages acquis justifiés. Sans oublier notre classe politique qui a su se préserver des avantages hors normes et ad vitae aeternam. Sauf que les hauts fonctionnaires semblent être une caste à part qui bien souvent ne sont même pas l’écoute de leurs ministres de tutelles

Qui sont ces privilégiés de la République ?

 

Ce sont majoritairement des hauts fonctionnaires diplômés en quasi totalité de l’ENA, Polytechnique ou Normale Sup’. C’est-à-dire le top des tops de la Fonction Publique. On les retrouve parmi les mieux payés, avec en début de carrière, des salaires qui avoisinent les 6.000 euros et peuvent atteindre rapidement les 45.000 euros/mois. Des émoluments qui font rêver et auxquels il faut pourtant ajouter une kyrielle d’avantages : de la voiture, à l’appartement de fonction, en passant par toute une série de primes.

Alors que la Nation est en difficulté, que les déficits sont annoncés partout, eux semblent faire partie d’une caste, d’un réseau d’intouchables.  Certains initiés vous confieront même, qu’ils héritent en fait de charges, comme seule l’histoire de France a su et sait les concocter !

 

L’Inspection des Finances ?

 

Prenons l’exemple de l’Inspection des Finances, l’élite de l’élite. Cette belle entité est constituée de 400 hauts fonctionnaires qui trustent les meilleurs postes à l’Elysée comme à Matignon. Bien souvent, quand l’intérêt supérieur le commande, on les retrouve en disponibilité, jusqu’à douze ans de suite dans le privé. Bien entendu quand ils se «plantent» comme on l’a vu, ces derniers mois, à la tête de grandes banques, alors ils rejoignent leur administration d’origine.

 

Les autres privilégiés de l’Etat…

 

Ils sont au Sénat et on y compte pas moins de 350 hauts fonctionnaires et 870 dits «petits fonctionnaires». Sauf qu’au nom de la séparation des pouvoirs entre l’exécutif, le président de la République, le Premier ministre et le Parlement que représentent le «Sénat et l’Assemblée Nationale», personne ne peut mettre son nez justement dans les comptes du Sénat. Ni même, petite parenthèse, dans ceux du Président de la belle entité, une harmonie des genres qui coûte, à nous contribuables, la bagatelle de plus de 300 millions d’euros par an. Ici vous ne pouvez pas travailler plus de 32 heures par semaine ; et dès votre embauche, vous avez la garantie d’être payé au minimum 2300 euros par mois et sans aucun diplôme, mais avec un beau piston.

 

Nos Ambassadeurs, une fonction obsolète ?  

 

A l’heure de la communication moderne, (Internet, télévisions, radios, médias et agences de presse comme de renseignements), où tout ce qui fait l’information nous donne l’impression d’aller à la vitesse de la lumière ; mais surtout parce que tout ce qui fait notre politique étrangère se décide à l’Elysée et de moins en moins dans nos ambassades ; au plus haut niveau, on se demande à quoi nous servent ces institutions. Or il y a toujours plus de 160 ambassades. Chaque ambassadeur, démarre d’entrée de jeu avec un salaire de 22.500 euros/mois. Somme à laquelle il faut ajouter, tout son cortège d’avantages en tous genres pour le personnage de l’Etat comme pour sa famille et les emplois induits à la représentation. Ce qui faisait dire à un Ministre de Jacques Chirac «ils arrivent avec une brosse à dent et repartent les rêves plein la tête et le compte en banque bien garni…».

 

Un statut purement gaulois ?

 

A l’inverse de ce que certains voudraient nous faire croire, aucune équivalence de privilèges n’existe dans aucun autre pays du monde. Seule la France a su créer ce «mal franco-français» qui pourrait se doubler d’une autre injustice, celle de voir ces hauts fonctionnaires devenir sénateurs ou députés. Car dans ce beau pays qui est le nôtre, le mélange des genres existe et là, pas de distinction de «Droite ou de Gauche»… Alors qu’aux Etats-Unis comme dans la plupart des démocraties, un haut fonctionnaire élu doit immédiatement démissionner de la Fonction Publique, chez nous ils ne démissionnent pas. Probablement est-ce l’une des raisons majeures qui fait que nos deux Assemblées comptent beaucoup d’élus fonctionnaires qui, s’ils sont battus à une élection, vont revêtir à nouveau leur habit de fonctionnaire. Plus injuste encore, au moment de leur retraite ils vont même cumuler la retraite d’élu avec celle de la Fonction Publique…

 

Peut-on casser le jouet ?

 

Entre nous est-il possible de changer les choses ? La logique voudrait que non, car n’oublions pas que ceux qui ont les moyens de le faire, sont aussi ceux qui n’ont aucun intérêt à la suppression de ces privilèges. Où a-t-on vu des privilégiés accepter d’abandonner, du jour au lendemain, leurs privilèges et sans faire d’histoire ?

Mais il est vrai que l’on pourrait voir d’autres dérives ailleurs, notamment dans les grands groupes qui font l’image et la force économique de notre pays… Ils ont comme nom Veolia, Vinci, Suez, Carrefour, France Telecom, Bouygues, Total, LVMH Eads, Airbus, Renault ou Eiffage… Et même sur le statut de certains petits notables locaux…

Alors c’est quand la vérité sur tous les abus de pouvoir et avantages que certains se sont octroyés et ne sont prêts de céder ?

 

André Gallego

Directeur ligne éditoriale

andreg@aol.com

 


UN COMMENTAIRE SUR Les Privilégiés de la République

  1. Mouret dit :

    Que c’est vrai, ils ont pris le relais des clercs de jadis. C’est les cathares qui avaient raison, ils avaient des femmes prêtres 4000 ans d’avance

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