Les podiums de l’arnaque

 

En général, quand une ville récolte un podium (la plus fleurie, la préférée des vieux, des jeunes, des cadres etc…), suit une avalanche de communiqués assénés par l’élu concerné par ce classement inutile. Là rien : « Toulouse, troisième ville de France en termes de pollution des sols ». Rien dans le bulletin municipal. Excès de modestie ? Basol, outil de recensement du ministère de l’écologie, a mesuré à Toulouse la pollution qui reste, autant que celle qui se fait. Les résultats sont consternants. Non pas parce que trente-six sites nous permettent de ravir la médaille, mais parce qu’on relève la présence d’AZF et de la Cartoucherie dans l’inventaire. Tiens ? On croyait pourtant l’un et l’autre dépollués. Pour AZF, Douste-Blazy était à la manœuvre. À le voir si pressé d’installer le Cancéropole, certains avaient dénoncé « un simple grattage » en lieu et place d’une véritable dépollution du lieu : « c’est propre », dit-il en bétonnant sa première pierre. Neuf ans après, le ministère de l’écologie nous fait savoir que ce n’est pas tout à fait vrai : pesticides, plomb, mercure, sont encore détectables sur un site où, nous apprend le président des comités de quartier, « il est interdit de planter des arbres à baies ailleurs que dans des pots (…) et de puiser de l’eau ». Nickel-chrome ?

« Le temps et le lobbying font bon ménage »

Idem pour l’équipe Cohen et la Cartoucherie. Le monde entier devait nous envier l’éco-quartier qui allait sortir de cette terre revigorée : « foutaises », dit en substance Basol qui relève la même soupe rampant dans les entrailles du site. Pour les politiques, le temps, c’est de l’oubli. Prenons encore cette idée opportune de vouloir faire revenir les voitures dans le centre-ville. L’observatoire de l’air en Midi-Pyrénées (ORAMIP), qu’on ne saurait soupçonner d’être un organe subversif, a procédé sur plusieurs années à une intéressante étude de la qualité de l’air, rue Pargaminières. Les tableaux graphiques sont éloquents : un collage parfait entre le plongeon que fait la courbe de la pollution, et le début des travaux de piétonnisation. Depuis,  l’air-lectrocardiogramme du quartier est au plus plat. De fait, on peut craindre que le retour de la voiture dans le centre-ville s’évaluera plus sûrement au prix de la bronchiolite, qu’au relèvement du chiffre d’affaires dont devraient bénéficier les commerçants. Ces derniers, faisant visiblement fi de la crise, pensent que la désaffection de leurs boutiques est imputable au fait que le chaland ne peut plus amener sa bagnole au pied de leur vitrine. La nouvelle municipalité leur a en partie donné raison, oubliant un peu vite qu’il y a quelques années, ceux qui sont en poste aujourd’hui comptaient parmi les plus ardents militants de la piétonnisation. Le temps et le lobbying font bon ménage avec la veulerie. Comme pour en rajouter, on plastronne en revendiquant le podium de « la première ville de France » à adopter le paiement des parkings au quart d’heure. Patatras ! Auto Plus dénonce « une grosse arnaque » : cette commodité n’a en fait d’autre conséquence que d’augmenter les prix en loucedé. Entre 8.5% et 13.5 % à Toulouse. En résumé : ils seront moins nombreux à faire leur shopping en moins d’un quart d’heure, qu’à payer plus cher leur petite virée. Et avec ça, qu’est-ce qu’on vous sert ? Ah, oui, le développement des transports publics, érigé au rang de « priorité ».  Comme quoi il est bon de revendiquer les podiums, mais sot d’oublier que chaque médaille a son revers.


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