David Saforcada
David
Saforcada
bonapartiste

Les métropoles, vraiment pas une bonne idée

Comme le rappelle un entretien, publié la semaine dernière, entre Toulouse Infos et Jean Luc Moudenc, dans quatre mois l’on assistera à la naissance effective, parmi d’autres, de Toulouse Métropole. Celle-ci représente une véritable révolution, pour ne pas dire une rupture, dans la conception même de l’aménagement du territoire et de l’organisation administrative dans notre pays. Le projet de création des métropoles part du constat que « la compétition entre les grandes agglomérations, européennes ou internationales, n’a cessé de s’accentuer ». Il en prend acte et s’inscrit dans cette perspective, sans chercher à savoir si cette évolution est bonne ou mauvaise. L’objectif implicitement fixé à nos capitales régionales et nationales est de nous aligner sur les modes de vie et de fonctionnement de Hong-Kong, Singapour, Shanghai, Londres, New York ou Tokyo. La solution administrative et politique proposée s’apparente au statut des villes libres de l’Allemagne du XIXème siècle, aux villes hanséatiques du Moyen-âge, aux villes-région de l’Allemagne d’aujourd’hui. Ces références appartiennent manifestement à une culture qui n’est pas la nôtre, à un projet de société qui n’est pas celui de nos concitoyens. Elles sont tout sauf rassurantes. Cette conception conduit en effet à une agressive rivalité à l’échelle planétaire entre « espaces » concurrents, acteurs principaux de la guerre économique mondiale, avec toutes ses conséquences bien connues. Urbanisation systématique, densification à outrance, multiplication des nuisances atmosphériques et sonores Engorgement accru des transports, renchérissement des coûts d’aménagement et de gestion, bulles spéculatives en tous genres, notamment en matière immobilière, instabilité de l’emploi, mobilité obligée des travailleurs, importation de main d’œuvre à bas prix, accroissement des écarts de richesse, multiplication des laissés pour compte. Massification humaine, anonymat, déstructuration des relations sociales, déshumanisation générale. Autrement dit, le projet s’inscrit dans le cadre d’une mondialisation subie et non d’une mondialisation maîtrisée. A l’échelle nationale, cette politique s’inscrit en contradiction avec toute la tradition française d’aménagement du territoire. La politique d’aménagement vise à maintenir ou à rétablir un équilibre entre villes grandes et moyennes, entre espaces urbains, péri-urbains et ruraux, à renforcer les complémentarités entre territoires.

« Volonté d’éviter l’existence de déserts régionaux »

Primitivement définis pour éviter « Paris et le désert français », donc en vue de l’affirmation de métropoles régionales d’équilibre, les objectifs de cette politique s’étaient transformés ces dernières années, avec notamment la création des « pays » par la loi Pasqua, en volonté d’éviter l’existence de déserts régionaux entourant des mégapoles régionales. Le projet, en optant pour le tout-mégapoles, accentue les déséquilibres au lieu de les corriger, en envisageant le paysage régional comme constitué d’une ou deux grandes villes concentrant l’immense majorité des ressources et des activités, et de territoires péri-urbains et ruraux réduits aux fonctions de villes dortoir, de lieux de villégiature. Il condamne les territoires non-denses ,villes moyennes aussi bien qu’espaces ruraux, dont elle se désintéresse et qu’elle vassalise, à devenir des « entre-deux » improductifs et inutiles, tout juste bons à constituer des espaces de détente pour urbains désœuvrés en mal de nature. Autrement dit, la vocation des métropoles est de devenir des entités « hors sol », connectées seulement entre elles, tournant au mieux le dos aux territoires qui les entourent, au pire les vassalisant et les vidant de leur substance, donc égoïstes, stériles et stérilisantes, ayant abandonné toute idée de solidarité départementale ou nationale. Le développement de grands centres urbains moteurs du développement et reliés entre eux est inscrit dans les exigences et les objectifs de compétitivité de Lisbonne. Ces objectifs visent à substituer aux notions de territoire, d’Etat, fondées sur l’idée de frontières, celle de l’interconnexion, par-dessus les frontières géographiques, administratives et politiques, via le TGV, l’avion, l’autoroute, de mégapoles affranchies de toutes préoccupations locales, régionales ou nationales. Transposition administrative des pôles de compétitivité, les mégapoles sont conçues comme de simples plates-formes économiques, des zones de production, de consommation et de vie sans âme ni identité. Elles ont vocation à devenir des villes réellement internationales, c’est-à-dire désespérément semblables les unes aux autres, habitées par une population transitoire formatée d’urbains déracinés, mus par un commun mimétisme symbolisé par le slogan dernier cri des milieux du luxe et de la haute couture « Paris, Tokyo, New York ». Elles seront, sociologiquement et culturellement aussi éloignées des territoires qui les entourent que Mars peut l’être de la Terre. Autrement dit, à rebours de l’Europe des régions et de celles des Etats aussi bien que du monde multipolaire, les mégapoles sont une autre manière de faire triompher la conception d’une Europe jacobine, de faire émerger une classe urbaine mondiale apatride, sans attache locale ni solidarités spatiales, de détruire en un mot les peuples et les nations, avec pour seul résultat d’exacerber une lutte des classes entre îlots mondialistes dominateurs et espaces relégués.

 


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