Robert Redeker
Robert
Redeker

Les limites des records sportifs

L’été est la saison du spectacle sportif sur grand écran. 2016 sera une année avec Jeux Olympiques. Nous retrouverons Bolt, Manaudou, Lavillenie, et d’autres qui seront des révélations. Dans huit ans, nous apprendrons que certaines victoires auraient été favorisées par le recours à la pharmacopée. Ces sportifs annoncent vivre pour gagner des compétitions, pour battre des records. Le bon sens nous contraint à poser quelques questions : qu’est-ce qu’un record ? Est-ce une chose importante pour l’humanité ?

Le sport est une mobilisation infinie, ignorant tout point final. Il est aussi une mobilisation indéfinie, ne connaissant pas de fin, de but véritable. La performance sportive ne peut se prévaloir du statut d’œuvre d’art dans la mesure où, une fois accomplie, elle s’effondre sur elle-même. Toutes les performances laissent derrière elles un goût de néant – tant d’efforts pour si peu ! Atteinte, la performance se dissout dans sa vacuité. Il faut l’admettre ; un record n’est rien. À terme, il ne reste que néant de lui. Ou plutôt, il n’en reste qu’une ligne, qu’un nom, qu’un chiffre dans les annales, comme une information dans un livre d’expert-comptable.

« Un record ne vit pas au-delà de lui-même »

Un record n’est aucunement comparable à une œuvre d’art, qui enrichit la sensibilité de l’humanité. Mieux : les grandes œuvres modifient la sensibilité de l’humanité. Inversement, une fois battu, un record n’apporte plus rien à l’humanité, tandis qu’une œuvre d’art continue d’interroger les hommes bien au-delà du trépas de l’artiste. Elle continue sa vie autonome, elle s’installe au-delà de l’artiste. Mais un record ne vit pas au-delà de lui-même ; il meurt dans l’instant de son accomplissement. Un record cesse d’aimanter l’humanité dès son exécution (d’où l’importance du direct dans l’univers sportif), tandis que l’œuvre d’art exerce son pouvoir et sa puissance bien au-delà du temps de sa création.

Si, comme aimait à le dire André Malraux, « l’œuvre d’art est ce qui résiste à la mort », nul ne peut porter le même jugement sur un record. Un record meurt avec lui-même ; une œuvre vit au-delà d’elle-même. Même s’il fascine l’espace de son accomplissement, un record reste sans aura. Au-delà de sa réalisation par l’athlète, un record n’est plus que du chiffre, de la statistique, s’inscrivant dans un monde manifestant le règne de la quantité.

Le spectacle sportif est un agréable divertissement. Il doit le rester et être remis à sa place. Il ne faut pas lui offrir l’importance qu’il n’a pas.

 

 

 


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.