Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Les Français ont un problème avec leur histoire

Il y a d’abord, le jugement de l’affaire du Carlton accablant les magistrats qui ont mené l’enquête, la justice comme l’a souligné le Procureur de la République « ne se rend pas avec le code moral mais avec le code pénal ». Le premier, comme l’écrit la journaliste du monde, Pascale Robert-Diard, « a enfanté un monstre médiatique, le second a révélé un néant juridique ». Voilà donc DSK relaxé et l’instruction condamnée : de quoi alimenter les questions sur le destin de l’intéressé et sur les poussées populistes que pourraient susciter, après le nouvel “Outreau”, les dysfonctionnements de la justice. Curieuse concordance des temps, la situation de la Grèce, la zone euro se préparant au pire, les responsables craignent en effet, qu’un accord « réformes contre argent frais » entre Athènes et ses créanciers ne puisse pas être trouvé et qu’un mouvement de panique des épargnants, entrainant des sorties massives de capitaux pouvant conduire des banques à la faillite n’ait lieu. Le scénario du défaut de paiement semble se préciser. Concordance des temps également pour le bicentenaire de la défaite de Napoléon à Waterloo à laquelle la France d’ailleurs ne participa pas (pas plus qu’elle n’a fêté Austerlitz ou les acquis du Consulat). Cette continuité dans la non-commémoration transcende le clivage gauche-droite (l’attitude étant similaire sous Chirac, Sarkozy ou Hollande). Position révélatrice du rapport de l’Etat vis-à-vis de l’Histoire ramenée aux seules guerres mondiales dans une « perspective moins politique et historique qu’affective et mémorielle » selon l’historien Patrick Gueniffey qui souligne que non seulement « les Français ont un problème avec leur histoire » mais que « l’engouement actuel pour Waterloo tient moins à la défaite nationale qu’à la perspective européenne qu’elle offre ».

« Le scénario du défaut de paiement semble se préciser  »

Les gouvernements semblent donc en arrière de la main, craignant de susciter une polémique parce qu’en quelque sorte on dispute toujours de l’héritage de l’Empire, pour le moins contrasté : d’un côté la période napoléonienne a laissé des institutions administratives, une organisation judiciaire et des lois qui ont affronté avec succès l’épreuve de la durée ; d’autre pas, le régime napoléonien et son empire territorial (130 départements) n’ont pas survécu à leur fondateur. Fallait-il ne pas du tout commémorer alors que Waterloo est une défaite… si proche de la victoire ; grâce aux écrivains une tragédie classique, une pièce romantique, le culte du Moi héroïque. Car Waterloo est un écroulement gigantesque, qui a sa place au panthéon des grandes batailles de l’histoire mais peu de batailles auront autant retenu l’attention des historiens et inspiré écrivains et poètes : « Waterloo c’est le gond du 19e siècle » écrivait Hugo, auteur dans “Les Misérables” de cette phrase si prométhéenne : « Napoléon était un de ces génies d’où sort le tonnerre. Il venait de trouver son coup de foudre… Ce jour-là, la perspective du genre humain a changé » parce que 1815, effondrement de l’ère impériale symbolise aussi la naissance de l’épopée napoléonienne.

 

 


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