Alex Lekouid
Alex
Lekouid
L comme Lekouid

Les four glands

Vous vous souvenez de ces quatre garçons en costumes blancs, qui gesticulaient en rythme tout en chantant du rock n’ roll français ? Rappelez-vous ! Un jeu de scène endiablé, la patate et surtout les bananes, une sur le visage et l’autre sur la tête. Si je vous dis qu’ils ont démarré en 1980 et qu’ils ont fait danser des grands-parents jusqu’aux derniers nés, sur des tubes comme : Chante, Flip-Flap, Hé Manbo, Tape des Mains, ainsi que de nombreuses reprises de rock américain des années 60. Ils étaient les redoutables pirates des soirées festives, où l’on dansait à deux. Oui c’est ca !  Les Forbans. L’équipage était composé de : Chelmi, le batteur chauve qui peut ; Keuss, l’acrobate contrebassiste fou ; Seimar, le bon, beau et loyal guitariste et Bébert, le ténébreux chanteur au charisme de boxeur. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu’en dehors des planches, ils se transformaient en tornade, semant farces et blagues sur leur passage, ne laissant derrière que des victimes mortes de rire et des rumeurs tout à fait fondées. En tournées, en discothèque, pour des soirées privées ou sur les plateaux télés ; j’ai dû faire une centaine de fois la première partie de ceux que j’avais rebaptisé : les Four Glands. Oui il y a plusieurs sens à ce titre que je vous laisse apprécier. Oh rassurez-vous, cette appellation est affectueuse et mon amitié pour eux est authentique. Bon, je vous passe les histoires graveleuses, je vais plutôt vous raconter un de leur canular, qui va vous donner la mesure du phénomène.

Après avoir cassé la baraque, sur un front de mer animé pour des centaines de vacanciers en liesse, nous rentrons à l’hôtel. Seul dans sa chambre au cinquième étage, Bébert noue ses draps entre eux, ajoute son pantalon, puis attache une extrémité de la cordée de linge au radiateur et jette l’autre bout, trop court pour arriver jusqu’en bas, par sa fenêtre. Ensuite il descend par l’ascenseur, sort discrètement, s’allonge par terre juste en dessous et se met à hurler de douleur. Alertés par les cris nous ouvrons tous nos volets, puis accourons pour le secourir pliés de rire. Nous savons qu’il blague, mais il simule si bien l’après chute, que le réceptionniste appelle les secours sans nous en informer. Nous formons un cercle autour de lui et jouons le jeu devant les clients de l’hôtel, quand l’ambulance arrive à notre grande surprise. Il est tout de suite pris en charge, examiné, brancardé, oxygéné et embarqué. Bébert, qui n’avait pas prévu ce cas de figure, est pour le moins emmerdé, mais poursuit son numéro de tragédien. Lorsque l’ambulancier s’approche avec sa seringue pour le soulager, les propos de notre rockeur deviennent incohérents. Il à beau inventer, il  n’arrive pas à trouver une solution pour descendre de ce corbillard blanc qui file vers l’hôpital. Il sait qu’une fois là-bas il sera démasqué et que les journalistes n’en feront qu’une bouchée. Une dizaine de kilomètres plus loin, le chanteur gominé décide de dire la vérité ; le SAMU s’arrête net, les portes s’ouvrent aussi sec. Planté au milieu de la ville à trois heures du matin, en caleçon, pieds nus, sans téléphone ni argent, il ne sait pas retrouver son chemin. Il a passé deux heures avant de convaincre un passant qu’il était le chanteur des Forbans et une heure de plus pour se faire ramener à bon port. Si c’est pas du rock n’ Roll ça !

 


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