Alex Lekouid
Alex
Lekouid
L comme Lekouid

Les dieux ont décidé d’arrêter le temps…

Je suffoque, je  n’arrive pas à respirer, j’ai l’impression de me noyer, je ne sais pas où je suis. Je ne peux pas ouvrir les yeux,  j’ai peur, j’ai un drôle de sentiment, comme si je me réveillais en plein cauchemar. Je suis trempé, j’ai très chaud, je dois délirer, je ne sais pas ce qui se passe. Après avoir repris petit à petit conscience de mon corps, je m’acharne à ouvrir les yeux. J’ai l’impression de soulever des montagnes posées sur mes paupières. J’entrouvre enfin les yeux, je suis dans la pénombre embrumée. Cela vient de ce bec à côté de moi, qui crache du brouillard  humide comme un dragon. À travers la vapeur danse et cotonneuse, je devine des silhouettes qui se déplacent lentement dont une qui vient vers moi. Progressivement, elle m’apparaît comme sortie des nuages de l’Olympe. Elle s’approche tout près de moi, je sens que c’est toi, mais je ne te reconnais pas. Bonheur et inquiétude valsent dans ma tête alourdie de questions, j’ai du mal à respirer. Avec la grâce d’une déesse égyptienne, tu t’allonges sur une  grande table en  pierre et tu prends la pose telle une sculpture. Le sourire que tu me donnes et le battement de tes cils figent l’instant.  Je comprends soudain que tu t’offres à moi en sacrifice d’amour et que je dois mener la cérémonie. Le drapé blanc qui entoure ton corps suintant, laisse apparaître tes épaules et tes jambes gracieuses. Je t’observe comme une œuvre d’art unique. Je m’efforce de retrouver mes esprits pour augmenter la réalité de cet instant mystérieux. Je ne sais toujours pas où  je suis, mais le plaisir que j’ai à te contempler m’éloigne de mes peurs. Puis comme une évidence,  je décide de commencer. J’enfouis alors mes doigts dans ta chevelure. J’en suis tous les contours, comme un non-voyant qui associe le toucher à  la vision. Tu es immobile, pourtant je ressens le bien-être que te procure le bout de mes doigts. J’ouvre délicatement le linge qui te recouvre ; puis comme un rituel, je fais couler sur toi de l’huile en abondance. Je fais glisser mes mains sur toute la surface de ton dos. Je pétris comme un boulanger tes courbes galbées, comme si je pouvais les façonner. Ensuite, je te fais rouler sur toi-même avec précaution, pour atteindre ton autre face. Je masse d’abord les parties dures de ton visage et fais rouler tes lèvres sous mes phalanges devenues amoureuses de ta chair. J’appuie sur tes tempes et tapote tes arcades sourcilières. Je caresse tes joues, ta mâchoire, ton cou, en réalisant tous les aspects de ton immense beauté.  Je t’inonde à nouveau d’huile en créant une cascade entre tes seins et tes reins. Mon regard danse et ondule sur ton ventre, au rythme de mes paumes mouvantes, ce qui amplifie mon désir pour toi et me transforme en volcan prêt à fusionner. Je modèle tes membres avec minutie, comme si j’étais le créateur de ce corps envoûtant. Pour finir, je repasse mes mains partout en t’effleurant, pour te faire frémir, puis je m’arrête net. Comme ressuscitée, tu ouvres grand les yeux en poussant un profond soupir. Tu me regardes troublée, tu me tires par la serviette nouée autour de ma taille pour m’approcher de toi et m’embrasser. Aussitôt tes mains m’invitent à m’allonger sur toi, pour assembler nos courbes. Notre désir l’un pour l’autre est incommensurable, nous nous enlaçons dans un pugilat de baisers huileux, tel un combat grec. Je viens de comprendre, je suis au paradis. On dit que le plaisir de ces amoureux a été si fort que  les dieux ont décidé d’arrêter le temps, pour faire de cet instant le rêve de tous les amoureux. C’était un 14 février…

 


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