Alex Lekouid
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Lekouid
L comme Lekouid

Les chevaliers e-gares

 

En 2012, j’ai joué dans la plus célèbre pièce de  ces dix dernières années. Plus de deux millions de spectateurs, à ce jour, sont venus rire aux éclats devant cette comédie populaire et efficace : Le Clan des divorcées. C’est l’histoire de trois femmes aux profils très différents, qui après avoir divorcé, se retrouvent colocataires et décident ensemble de chercher l’âme sœur. Il y a plusieurs équipes qui jouent partout en France, moi je faisais partie du groupe des Chevaliers du Fiel, à Toulouse. J’incarnais le rôle principal de Brigitte : une femme rurale avec l’accent de Tarbes et de grosses fesses, héritées de sa mère antillaise. Cordelia CZAIKA était Mary Bybowl : une jolie anglaise croqueuse d’hommes, un peu délurée et à peine vêtue. Nathalie Vidal, se transformait en Stéphanie d’Humilly de Malanpry : une bourgeoise en pleine remise en question. Pendant des mois nous avons revêtu chaque soir, les costumes de ces drôles de Dames, dans le magnifique théâtre, qu’est la Comédie de Toulouse. Les Chevaliers, Francis et Eric, étaient rarement là, car toujours sur une scène ou un plateau télé, vous connaissez leur succès! Un jour, ils sont venus nous encourager avant de repartir précipitamment : ils devaient donner une représentation pour une association caritative, au profit des handicapés. Ils arrivent juste à l’heure pour monter sur scène, mais pas moyen de se garer, le parking est comble. Ils décident de laisser la voiture sur une place pour handicapé, après tout c’est un cas d’urgence. L’accueil du public est formidable et les chevaliers déchaînés ; les sketchs ponctués de fous rires font de cette soirée un grand moment pour les familles.

“Avec caisses de vin pour les remercier”

Après la séance d’autographes pour les nombreux fans, ils saluent tout le monde et s’apprêtent à partir. Ils sortent mais les membres de l’organisation les accompagnent, avec caisses de vin pour les remercier. Nos deux compères arrivent escortés au niveau de la voiture et se demandent comment ils vont pouvoir justifier leur stationnement. Le président dit en prenant les chevaliers à témoins : « Vous voyez ces imbéciles qui se garent sur les places réservées aux personnes à mobilité réduite, et en plus un soir comme ce soir! C’est inadmissible! » Francis qui est un farceur, se met à donner des grands coups de pied dans le pare-choc du véhicule neuf, en vociférant contre ces salopards. Eric, à qui appartient la berline, l’arrête en lui disant que la voiture n’y est pour rien et que si ça se trouve, ce sont des handicapés qui sont égarés. Le président annonce qu’il va attendre là pour vérifier, puis ajoute «  mais vous êtes garés où ? » Francis explique en se mordant les lèvres pour ne pas rire « vous savez nous aimons marcher après un spectacle, d’ailleurs nous allons continuer. Merci pour le vin, quatre caisses, c’est très généreux à vous, à bientôt. » Chargés comme des mules, ils marchent jusqu’à disparaître dans la nuit. Epuisés, ils posent enfin les 24 bouteilles à l’abri des regards et se mettent à rire. Après s’être reposés un peu, ils reviennent, discrets comme des ninjas et observent le parking : il reste deux voitures, la leur et celle du président qui doit être à l’intérieur. Ils s’approchent de l’auto quasiment en rampant, ouvrent les portières, puis se glissent à l’intérieur et démarrent en trombe, lumières éteintes. Quelques kilomètres plus loin, Eric dit « J’espère qu’il n’a pas relevé l’immatriculation, il saura que c’était nous. » Francis répond « tu veux dire, que c’était  toi ! C’est ta voiture, moi ça ne me concerne pas.» Eric «ok! je dirai que tu me l’as volée alors…»

 

 

 


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