DorianDreuil
Dorian
DREUIL
Conseil d'administration Action contre la faim. Délégué à la vie associative.

Les blessures de l’âme

Dans son œuvre, Fénélon expose que « l’homme étant composé de corps et d’esprit, il faut cultiver l’un et l’autre ». L’intervention humanitaire, suite à un conflit ou une catastrophe naturelle offre une réponse globale aux plus vulnérables. Souvent, avant même de parler de reconstruction matérielle il y a urgence de « soigner les âmes », à travers des programmes de santé mentale. L’histoire de ces programmes au sein d’Action contre la Faim débute en 1999 au Congo-Brazzaville : les équipes sur le terrain se trouvent démunies face à des femmes et enfants arrivant de la brousse. Ils s’étaient cachés pendant plusieurs jours ou semaines pour fuir les exactions, souvent dans des conditions éprouvantes.

À leur retour, beaucoup sont en situation de sous-nutrition sévère, pris en charge par les équipes d’Action contre la Faim ils sont ainsi accueillis dans des centres nutritionnels thérapeutiques. Mais parmi eux, un nombre important présentait des comportements de prostration, des envies suicidaires, certaines refusaient de prendre les traitements et de se soigner. Face à un pareil contexte, le traitement nutritionnel et la prise en charge médicale étaient insuffisants. C’est à partir de cette expérience qu’une réflexion a été menée pour répondre à ces besoins multiples, du recueil de témoignages, de la protection et/ou prise en charge psychologique des personnes traumatisées. Cette réflexion s’est traduite par une intégration de la santé mentale et de la pratique des soins dans la prise en charge nutritionnelle des plus vulnérables.

«Avant même de parler de reconstruction matérielle il y a urgence de « soigner les âmes »

Pour Action contre la Faim, la santé représente des différentes réalités à prendre en compte: problème perturbant l’équilibre social à gérer pour les pouvoirs publics, troubles pathologiques à soigner pour les psychiatres, souffrance psychique à soulager pour les professionnels de la santé ou du social. Cette définition est en référence à une conception large de la santé mentale liée à la santé publique et proposée par l’Organisation Mondiale de la Santé : « état de bien-être mental et non seulement l’absence de maladies mentales ou de conduites addictives (drogues, alcool…). À ce titre, elle concerne tous les entres humains et fait partie intégrante de leur santé, déterminée par des facteurs sociaux, environnementaux, biologiques et psychologiques. » Tous les êtres humains ont une santé mentale, bonne ou mauvaise, elle ne préjuge donc pas d’intervention uniquement dans le cadre de « problèmes de santé mentale », mais on peut considérer l’intégration de cette dimension propre à chacun dans la manière de soigner d’autres maux.

Soigner la faim chez les plus vulnérables, les enfants de moins de 5 ans très souvent, c’est aussi renforcer la relation parents-enfants permettant l’épanouissement physique, mais aussi psychique de l’enfant. On sait aujourd’hui qu’un enfant risque de grandir moins bien ou de récupérer plus difficilement d’un épisode de sous nutrition si ses parents sont déprimés, en état de choc ou peu disponibles. Ce soutien psychosocial et psychologique est indispensable dans le traitement en centre nutritionnel, il permet de reconstruire et de guérir les douleurs du corps. Mais aussi de soigner les blessures de l’âme.

 

 


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