Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Les barbares de Ninive

Plus que toute autre nouvelle, celle de l’art victime de la barbarie suscite effroi, scandale, consternation et même interrogation sur la faculté qu’a l’État Islamique de détruire – et de filmer la destruction pour médiatiser là aussi  le terrorisme – des œuvres antiques du Musée de Mossoul et du site de Ninive – au cœur de notre apprentissage des civilisations antiques lorsque nous apprenions l’histoire en sixième. L’émotion est bien mondiale, la directrice de l’Unesco qualifie ce saccage de « nettoyage culturel ». Quant à Gabriel Martinez-Gros, spécialiste de l’Islam médiéval, il dit des « nettoyeurs de civilisations » qu’ils sont « plus radicaux que les nazis » et qu’ils mèneront une sorte de djihad contre le passé. Il poursuit. Il s’agit de reconquérir un passé, des références, une langue car, il ne faut pas l’oublier, « l’État Islamique », c’est un État qui est en train de s’établir. Quand la guerre à la culture, quand la barbarie prend cette sauvagerie-là, la thèse de Huntington reprend corps et les écrits de Steiner sur les rapports entre culture et barbarie retrouvent tristement leur pathétique actualité au milieu des gravats des statues d’Hatra ou de Ninive, et d’une certaine fin des lieux de savoir.

 « 59% des Français continuent de ne faire confiance ni à la gauche ni à la droite »

Au même moment, une des hautes figures de la contestation en Russie, le créateur du mouvement Solidarnost, critique virulent de Poutine, Boris Nemstov est assassiné à Moscou sous les murs du Kremlin. Il venait d’appeler les Moscovites à manifester, qualifiait le régime de Poutine de « tyrannie et de système oligarchique », protestait contre la dégradation économique et en appelait à un « printemps » qui est loin d’éclore. Pour celui qui faillit être le dauphin de Boris Eltsine (ce fut Poutine le chef des services de renseignements) – le destin des deux hommes était scellé : ils seraient rivaux. Jusqu’à la mort de Nemstov en 2015.

Quant à la situation des politiques en France, on lit dans le baromètre des sondages : un pays qui doute, souffre et se replie malgré « l’esprit du 11 janvier ». Les manifestants d’alors parlent de fraternité, d’espoir, de fierté. Mais 59% des Français continuent de ne faire confiance ni à la gauche ni à la droite pour gouverner le pays et 61% trouvent que la démocratie ne fonctionne pas bien. Seul un Français sur cinq souhaite que le président Hollande se représente en 2017 ; à l’inverse 77% ne veulent pas que le chef de l’État brigue un second mandat (on retrouve le même pourcentage pour Nicolas Sarkozy). Si Hollande ne se présente pas, c’est son Premier ministre, Manuel Valls, qui serait le candidat préféré des Français, très nettement devant M. Aubry ou A. Montebourg. Enfin – et plus inquiétant – quant à d’éventuelles dérives et autres dérapages, 51% des Français pensent qu’avoir à la tête du pays un homme fort, qui n’a pas à se préoccuper du Parlement ni des élections, serait une bonne solution ! W. Churchill affirmait en 1945 que « la démocratie était le pire de tous les régimes à l’exception de tous les autres. » Face aux tentations populistes, il importe de réagir en républicain et en citoyen.

 


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